« Nous nous demandons quand est-ce que nos rêves deviendront réalités», s’interroge le Préfet de Forécariah, Pr Alhassane CAMARA

La préfecture de Forecariah est une localité à forte potentialité minière. Depuis des années, des entreprises minières comme Forécariah Guinea Mining et Rio Tinto avaient entrepris dans la zone. Mais leur temps d’opulence n’a pas duré. L’arrêt des travaux de ces entreprises a laissé des populations et des autorités désemparées et des impacts perceptibles. Pour connaître les tenants et les aboutissants de cette situation, notre rédaction  est allée à la rencontre du Préfet de Forécariah, Pr Alhassane CAMARA. Entretien ! 

Faites-nous un état des lieux de la fermeture de Forécariah Guinea Mining et Rio Tinto à dans votre juridiction.

Par rapport à cette situation, l’état des lieux est désastreux. De façon concrète, leur départ laisse derrière, la colère à certains endroits. Si je prends l’exemple des travailleurs qui n’avaient pas perçu leur dernier salaire jusqu’au départ de la société, il y a aussi des communautés déguerpies de leurs habitations au profit d’une cité qui reste inachevée.

Mieux, les taxes superficiaires qui servaient à ces communautés des bases de développement n’ont pas été payées depuis 2013. Et les zones explorées qui sont censées contenir l’essentiel  de leur recherche  ne sont pas utilisées par les agriculteurs depuis leur départ. La surveillance de leurs installations est restée à la charge des autorités locales. Leur présence a attiré aussi des chercheurs d’emploi venus de partout. Ces derniers ont augmenté la population à un moment, et aujourd’hui ils sont désemparés.

Selon nos informations, un certain nombre de travailleurs n’ont pas reçu leur salaire depuis des mois.  Veuillez nous éclaircir davantage sur cette situation.

C’est évident. A Yomboyeli, dans la sous-préfecture de Moussayah, des jeunes étaient recrutés au titre de Moriyah Guinée sécurité. Ils étaient là, utilisés en partie par la société pour surveiller les installations. Depuis l’arrêt des activités jusqu’à maintenant, ces éléments sont sur le terrain, ils n’ont pas été payés. Ils sont remplacés systématiquement par d’autres agents d’une autre société venue de Conakry. Les anciens sont dans l’espoir d’une éventuelle reprise pour rentrer en possession de leurs dus.

Sur le plan environnemental, quels sont les impacts causés par la société, notamment sur les domaines agricoles ?

Sur ce point, les domaines utilisés par la société avaient été dédommagés en partie. C’est ce qui les retient aujourd’hui pour l’exploitation. Parce qu’ils ont reçu des montants contre leurs domaines. Il y a eu des plantations traversées par la route, des espaces agricoles que la société a occupés. Les  gens ont été dédommagés en espèces. Maintenant ces fonds sont finis avec les bénéficiaires, et aujourd’hui les domaines ne sont pas utilisés par la société. Ils ne sont pas n’ont plus utilisés par les agriculteurs comme ça l’était.

Dans les zones minières, souvent, les communautés abandonnent leurs activités au profit de l’exploitation minière. Quels conseils avez-vous à prodiguer aux populations de Forécariah pour éviter le phénomène de Fria ?

Je leur demanderai de retourner à la terre. Aujourd’hui, ce que nous souhaitons c’est la libération de ces domaines agricoles encore à leurs propriétaires. Ils ont déjà compris que seule la terre ne trahie pas. A la présence de la société, les enfants qui ont terminé les études, les jeunes qui n’avaient pas d’emploi et qui pratiquaient l’agriculture, tout le monde avait abandonné pour venir à la recherche de l’argent facile. Tout le monde était payé là-bas.

Pour la petite histoire, à Yomboyeli (siège de la société FGM), la plus petite coupure était de 5000 GNF à un certain moment. Même pour trouver de la banane à 1000 GNF, c’était difficile. Peut-être c’est l’ensemble de tout ça qui a conduit à la faillite de la société.  Aujourd’hui les communautés sont désœuvrées, les gens sont partis. Les parents, leurs fils qui travaillaient dans la société n’ont plus où travailler. Ils sont obligés de retourner à la terre. Et c’est ce que je conseille à l’ensemble. C’est aussi le souci du gouvernement à faire de l’agriculture le socle de développement. S’il y a des preneurs d’accord. Mais que les ressources minières nous servent de complément d’élément de développement que de compter seulement sur les ressources minières. Fria et Layah sont des exemples éloquents.

L’entreprise laisse derrière la désolation. En tant que première autorité locale, comment vous faîtes pour concilier les choses ?

En tant qu’autorité, nous devons servir de croix de transmission entre ces communautés à la base et le gouvernement. Nous demandons au département des mines de nous aider pour la reprise de l’exploitation de ces zones minières de Forécariah. Ça y va de l’intérêt national en général et de Forécariah en particulier. Au niveau des populations, nous leur demandons de retourner à leurs terres et de valoriser leurs domaines, tout en comptant sur l’exploitation prochaine ou lointaine des gisements de fer. (…) Demain ou après-demain, l’exploitation est certaine. Mais d’ici-là, ils n’ont qu’à s’occuper de ce qu’ils ont. On attend le soleil près du feu pendant la fraicheur.

Nous demandons aux jeunes de s’organiser. Une fois que les partenaires viennent, nous les dirigeons vers ces associations pour les aider à valoriser leur exploitation agricole. Il y a de groupements agricoles, notamment des femmes qui exercent dans les cultures maraichères, le petit commerce aussi se pratiquait. Donc que chacun en ce qui le concerne, retourne d’abord à ses activités anciennes, et cherche à les valoriser, d’ici que l’exploitation recommence.

Pendant l’exploitation, quels sont les avantages que vous avez notés ?

Pendant l’exploitation, il y’avait l’emploi de jeunes. Quand ils étaient nouvellement venus, nombreux étaient des jeunes recrutés venus d’ailleurs à cause de leur expérience. Mais à un certain moment, la jeunesse locale s’était imposée. Tout ce qui était des travaux de main d’œuvres non qualifiées, ce sont les jeunes du terroir qui étaient recrutés.

Economiquement, chaque élément recruté soutenait sa famille. Aussi, les villages ont été désenclavés, l’infrastructure routière avait été développée. Avec leurs engins, on avait la possibilité de leur demander de nous aider à faire le reprofilage de certaines de nos routes. Les communautés impactées bénéficiaient aussi la taxe superficiaire, par lesquelles ils ont construit des postes de santé, des marchés hebdomadaires. La société appuyait la communauté dans la construction de certaines infrastructures. Et cela s’ajoutait à certaines infrastructures de base.

Quelles leçons avez-vous tirées du départ de l’entreprise à Forécariah ?

Cette question est complexe. Les leçons tirées sont de deux parts : il y a des leçons positives que j’ai énumérées, et des leçons négatives.

Le fait de laisser certains habitants à Konsondougouyah (Yomboyeli) au soleil, sans abris, sous prétexte que c’est une cité qui serait construite, elle est restée inachevée. Dire à ces pauvres gens de se débrouiller pour achever cela, c’est tout un problème. Mieux, l’environnement a été dégradé en grande partie. Le reboisement n’a pas été fait conséquemment.  Et l’exploitation pour laquelle il y a eu cette dégradation ne continue plus. Donc l’environnement n’est pas resté ce qu’il était et la richesse souhaitée n’est pas arrivée.

Côté exploitation artisanale du dimant, des exploitants interrogés par AMINES, affirment n’avoir jamais vu des responsables de l’environnement dans leur localité. Comment ce secteur est-il géré ici ?

Je ne partage pas leur avis. Parce que je reconnais avoir reçu des gens de Kouria ici avec le directeur préfectoral de l’environnement. Ça c’est faux. Le problème, c’est le fait de reconnaître aux coutumiers comme propriétaire de la terre. Ce qui  est un frein au développement. Quand ils ont à faire avec des exploitants, partout ils disent qu’ils sont les propriétaires de la terre. Ici c’est mon domaine, la terre nous appartient, c’est leur langage. Et ils négocient avec les exploitants artisans. Quand le responsable de l’environnement arrive, c’est le propriétaire terrien-là qui s’interpose pour dire : ici c’est chez moi,   je suis prêt à reprendre dès leur passage. C’est moi qui leur ai donné. Ils sont en exploration. J’avoue qu’aucun de ces diamantaires ne vous dira qu’il a payé un franc à la préfecture.

Un projet américain était venu explorer ici, mais eux ils ont compris que ce qu’ils cherchaient n’était pas ici à Forécariah. Ce n’était pas de qualité. Si nous demandons aux exploitants, ils disent qu’ils travaillent sur les domaines de Kindia. C’est le directeur de l’environnement qui a apporté un démenti.

Quels souvenirs avez-vous du passage de Rio Tinto à Forecariah ?

Rio Tinto a dédommagé des gens, elle a construit des mosquées et une maison des jeunes. Des personnes dédommagées ont construit des bâtiments en dur. Le bureau du préfet a été meublé par cette société. Aujourd’hui nous n’avons que des souhaits. Nous prions Dieu et nous demandons au gouvernement de nous aider pour la reprise de ces activités qui sont profitables au développement socio-économique de Forécariah et de la Guinée toute entière.

Parlez-nous de la carrière industrielle de Maférinyah !

La carrière de Maférinyah fait l’objet de ballotement. Selon certaines sources, cette carrière serait dans un domaine industriel. Tantôt c’est le département de l’industrie qui leur demande de quitter. On nous donne l’ordre de fermer. Et tantôt c’est le ministère des mines et de la géologie qui vient demander la réouverture à cause des doléances posées par les communautés riveraines, et qui se réclament propriétaires parce que n’avoir pas cédé. Parce que le granite ne peut pas servir à l’agriculture. On ne peut semer dessus ni d’ananas encore moins de bananiers. C’est perplexe, mais malgré ça, ils donnent parfois des taxes, parce qu’ils savent qu’ils ne sont pas tranquilles. Ils ont un impact parce qu’ils sont en train d’électrifier les villages riverains. Ils ont construit le siège du conseil de district qui abrite le site de la carrière. Ils entretiennent la route qui mène à la carrière. La commune rurale bénéficie aussi sa quote-part. La préfecture bénéficie aussi 25% qui leur sont attribués pour notre survie.

De quoi êtes-vous le plus fier aujourd’hui ici ?

Nous sommes fiers d’abriter aujourd’hui ces zones minières qui sont exploitables. Nous sommes fiers de notre situation géographique qui fait que, prochainement ou lointainement, les ports minéraliers de Singuelin et de Konta seront opérationnels. Cet espoir nous donne une fierté.

Vos regrets ?

Ce que nous regrettons, c’est la lenteur. Nous nous demandons aussi, à quand nos rêves seront réalisés.

Entretien réalisé par Aliou BM Diallo envoyé spécial

contact@afriquevision.info

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