Ibrahima Bah économiste : ‘’pour une sortie de pauvreté en Guinée, je propose un  modèle concret en simulant le versement mensuel de 500 000 GNF pour chaque citoyen’’

 Ibrahima Bah, docteur en Sciences économiques et Président du Respect des deniers publics et du citoyen (RDPC),  a accordé une interview accordée à la Compagnie Littéraire dans le cadre de la parution de son ouvrage intitulé « Respect des deniers publics et du citoyen : la Guinée sera fière, heureuse et émergente ».  Lisez !

La Compagnie Littéraire : Ibrahima Bah, bonjour. A la mi-octobre est paru votre ouvrage Respect des Deniers Publics et du Citoyen : la Guinée sera fière, Heureuse et Émergente. Pouvez-vous nous parler de votre parcours et nous faire part des réflexions qui ont amené à la composition de cet opuscule ?

Ibrahima Bah : Bonjour, le parcours qui m’a amené à cet opuscule commence en 1976, année où j’ai connu la migration, à pied, de la Guinée au Sénégal. J’étais tout-petit, mais je me souviens des atroces piqures d’insectes et menaces diverses que ma famille et moi avions endurées dans la brousse, juste pour échapper à la chape de plomb imposée par le régime dictatorial guinéen de l’époque.

De retour en Guinée, en 1984, après la dictature, j’ai été profondément marqué par la souffrance et l’injustice qui ont continué à rythmer la vie de la population.

Nous sommes aujourd’hui en 2019. La pauvreté bat toujours son plein. Bon nombre de Guinéens continuent d’émigrer pour ne plus avoir à subir leur quotidien aggravé par la mal gouvernance.

C’est de la folie de continuer ainsi tout en croyant que, du jour au lendemain, les Guinéens seront heureux. D’ailleurs Einstein disait que ‘’La folie, c’est de faire toujours la même chose et de s’attendre à un résultat différent’’. C’est pourquoi, dans cet opuscule, j’ai proposé à mon pays ce nouveau paradigme social concret pour éradiquer à la fois la pauvreté et la mal gouvernance.

À travers quelques points clefs, vous développez dans votre ouvrage un nouveau paradigme social ainsi qu’un mode innovant de gouvernance pour la Guinée. Le premier point étant la mise en place d’un Revenu minimum garanti (RMG) à hauteur de l’équivalent de 50 € par mois. Dans quelle(s) mesure(s) pensez-vous que cette somme serait suffisante ?

J’ai pris le temps de bâtir un modèle concret en simulant le versement mensuel de 500 000 GNF qui seront suffisants pour sortir notre population de la pauvreté. En témoigne une expérience pilote, lancée en 2016 dans un village de l’Ouest du Kenya, consistant à verser un revenu mensuel de 20 euros directement à chaque habitant, par transfert d’argent sur son téléphone portable. Le but était de voir comment cet argent serait dépensé et s’il pouvait aider à sortir les personnes de leur situation de pauvreté. Au bout du compte, le test permit de montrer que le revenu universel est parfaitement efficace contre la pauvreté car tous les bénéficiaires en étaient sortis.

Il est évident que là où 20 € ont suffi dans l’expérience kenyane, 50€ suffiront à rendre heureux. Je tiens à préciser que le RMG que je propose sera versé à tout Guinéen résidant effectivement en Guinée et qui est âgé de 15 ans au moins. Il est plus efficace qu’un revenu universel classique, tant dans sa façon d’être mis en place que par son financement (qui ne coûtera pas un seul centime à la Guinée tout en permettant à nos partenaires européens de faire des économies).

En plus d’être suffisant pour éradiquer la pauvreté, le modèle modifiera les comportements (j’y ai introduit un mécanisme incitatif en termes comportemental). Exemples :

– un bénéficiaire du RMG qui a un âge compris entre 15 ans et moins de 18 ans ne pourra utiliser les montants versés mensuellement dans son compte qu’à partir de sa majorité civile (18 ans). Et, s’il se lance dans la migration avant 18 ans, il perd automatiquement la totalité des montants et intérêts capitalisés dans son compte. Ce mécanisme incitatif répond aux attentes de nos partenaires européens qui ne seront plus confrontés à la migration irrégulière des mineurs isolés qui constitue leur véritable cauchemar.

D’ailleurs, lorsque les femmes du Front national pour la défense de la constitution (FNDC) avaient rencontré le 30 septembre 2019 l’ambassadeur de France, ce dernier a exprimé sa préoccupation concernant la situation que traverse la Guinée tout en avouant très clairement que « la Guinée est le premier pays pourvoyeur de mineurs non accompagnés en France et c’est un problème essentiel pour la France » et les pays européens.

Les bénéficiaires du RMG s’engageront à ne pas occuper anarchiquement les voies, à ne pas laisser leurs enfants mendier ou vendre des bricoles dans la circulation, à ne pas jeter des ordures sur la voie publique, … sinon tout contrevenant verra son RMG suspendu pour un temps précis qui lui sera signifié dans le contrat. Il s’agit là aussi d’un mécanisme incitatif : vous percevez le RMG, vous vous engagez à respecter le contrat qui favorisera la sécurité et le tourisme en Guinée.

Donc, voyez-vous, ce montant de 500.000 GNF mensuels, par personne, en plus d’être suffisant, entraînera des effets régulateurs tels que nos partenaires gagneraient à nous aider à le financer.

Avec quelle structure comptez-vous mettre en place cette idée ?

Le Respect des deniers publics et du citoyen sera la structure pour mettre en place cette idée. En effet, si nous accédons au pouvoir, notre premier pilier diplomatique sera le RMG et nous créerons un grand ministère qui lui sera spécialement dédié.

Les partenaires européens sont-ils informés ?

Le 2 novembre 2018, soit un an avant la sortie de mon livre, j’avais informé le président Macron de mon modèle. Quelques jours après, j’ai été chanceux de constater que la France a finalement décidé de mettre en place sa propre « taxe GAFA » qui est le socle du modèle que j’avais porté à sa connaissance par lettre recommandée avec demande d’avis de réception (il avait reçu mon modèle le 5 novembre 2018).

Ensuite, le 12 novembre 2018, l’Allemagne qui ne voulait plus entendre parler de la taxe GAFA, avait subitement changé d’avis en déclarant, par l’entremise d’Olaf Scholz dans l’hebdomadaire Der Spiegel que l’Allemagne soutiendra le « modèle français » de taxe sur les GAFA.

A la fin du mois d’août 2019, lors du G7 à Biarritz, un accord fut trouvé entre la France et les Etats-Unis, concernant la taxe GAFA mise en place unilatéralement par la France.

D’autres pays européens, notamment le Royaume-Uni, l’Espagne ou encore l’Italie ont enclenché le processus législatif pour la taxe GAFA.

Voyez-vous, il y a là une succession d’événements dus soit à la chance, soit à ma lettre adressée au président de la République Emmanuel Macron. Mais il est clair, depuis le mois dernier, que la décision de mettre en place la taxe GAFA internationale est définitivement acquise pour 2020.

C’est en effet une succession d’événements intéressants qui pourraient profiter à votre projet, mais au cas où ça se concrétiserait, j’aimerais savoir si vous avez pensé aux éventuelles fraudes qui pourraient avoir lieu et entacher son efficacité ?

Votre question est excellente et me permet de vous assurer qu’aucune fraude ne sera possible grâce à la technologie blockchain que nous utiliserons pour numériser les identités des Guinéens. Avec le blockchain, l’identifiant unique qui sera généré pour chaque Guinéen rendra les identités infalsifiables, non duplicables et non réutilisables.

C’est ce que le président Julius Maada Bio a fait en Sierra Leone pour fiabiliser les identités de ses compatriotes. Ce qui lui permettra, en plus, de « combattre efficacement la corruption, les fonctionnaires fictifs et l’attribution frauduleuse d’avantages sociaux. »

Dans le livre, j’ai plaidé pour cette inviolable sécurité avant la mise en place du RMG en Guinée.

La Guinée traverse actuellement un conflit sociopolitique majeur et ce, depuis plusieurs mois. Quel est votre ressenti sur la situation ? Pensez-vous que des mesures sérieuses seront mises en place par le gouvernement ?

Tout d’abord, je m’incline très pieusement à l’endroit des manifestants froidement assassinés lors des manifestations politiques. J’adresse mes condoléances émues aux familles endeuillées. Mes pensées aux blessés et à mes compatriotes jetés en prison pour avoir simplement manifesté leur opposition au projet de nouvelle constitution. Leur libération doit se faire le plus tôt possible et sans aucune condition.

Mon ressenti est que le président de la République est dans une bulle où son entourage l’a placé. Il faut qu’il en sorte rapidement avant qu’il ne soit trop tard. Il ne tient qu’à lui de prouver qu’il aime son pays, en abandonnant simplement ce fameux projet de nouvelle constitution qui lui offrirait une présidence à vie antidémocratique. Mais, la pression de son entourage est telle qu’il manque de courage pour y renoncer. Néanmoins une sortie de crise aura lieu et je reste persuadé que l’alternance aura également lieu en 2020, pour une Guinée fière, heureuse et émergente. J’y crois fermement !

Vous êtes le fondateur du mouvement Respect des Deniers Publics et du Citoyen. Quelles sont les démarches à entreprendre pour adhérer ou tout simplement obtenir plus d’informations ?

Pour adhérer au RDPC ou pour nous contacter il faut simplement nous écrire à l’adresse suivante : rdpcguinee@gmail.com

Parce que le mot de la fin revient toujours à l’auteur, auriez-vous quelque chose à ajouter ?

Le nouveau modèle de société que je propose dans ce livre relève d’une idée qui m’habite depuis longtemps. Car il est incontestable que les projets des différents acteurs politiques qui se sont succédé en Guinée ont échoué. C’est pourquoi, avec le Respect des deniers publics et du citoyen, nous venons non pas avec des projets politiques, mais avec un paradigme nouveau fondé sur des valeurs éthiques : en clair, des valeurs concrètes de respect des deniers publics et du citoyen.

Cela dit, j’invite tous mes compatriotes qui se reconnaissent dans ces valeurs à nous rejoindre au sein du Respect des deniers publics et du citoyen. Nous en ferons un puissant instrument de conquête du pouvoir qui permettra la mise en place de notre nouveau modèle de société tout en menant une vaste guerre, sans pitié, contre la corruption, les détournements et tous les maux, à tous les étages.

 

Merci de nous avoir accordé cette interview.

 

Merci à vous et plein succès à votre maison d’édition.

 

Interviewé par Monica KLIAVA

Editions La Compagnie Littéraire