Guinée: un activiste interpelle Alpha Condé sur l’utilisation des produits chimiques dans l’Agriculture(lettre ouverte)

A Son Excellence Monsieur Alpha CONDE, Président de la République de Guinée, 

Excellence,

A l’occasion de la journée  nationale du paysan que vous venez célébrer ce samedi, 12 mai 2018  à N’Zérékoré, je viens par la présente à vous, Monsieur le Président de la République, en ma qualité de citoyen guinéen conscient de ses droits, pour attirer votre attention sur les dangers liés à l’utilisation, de plus en plus généralisée, des produits chimiques dans l’agriculture. A cet effet, je fais appel à votre très réputé sens de l’écoute des préoccupations des populations guinéennes et à votre profond respect des lois démocratiques.

Monsieur le Président, eu égard au caractère éminemment nocif de ces produits, il est simplement INCONCEVABLE et INTOLERABLE de donner libre cours à leur utilisation. Or, si l’on s’en tient au discours que vous avez vous-même tenu à N’zérékoré le 1er février 2018, l’importation de ces produits est passée de 10. 000 tonnes en 2010  à 100. 000 tonnes en 2017. Touche chose qui va à l’encontre des efforts entrepris au niveau mondial pour sauver notre planète TERRE. D’autant que, Monsieur le Président, les effets néfastes de l’utilisation de ces produits chimiques se ressentent sur la santé des populations, du sol, du sous-sol et de l’environnement guinéen de façon générale.

A propos, en plus du coût élevé lié à leur importation, je vous propose ci-dessous, Monsieur le Président, une liste non exhaustive de ces effets néfastes :

  • Les effets sur l’Homme :

Tout d’abord, l’Homme peut souffrir des engrais soit directement ou  indirectement. Les plus touchés par les dégâts directs sont évidemment les agriculteurs. Les substances chimiques utilisées dans l’agriculture ont encore des effets incertains : elles pourraient être la cause de   nombreuses maladies (différentes sortes de cancer)

Par opposition,  les dégâts indirects nous concernent tous. En effet, lors de l’infiltration des sols, les nitrates (notamment) rendent l’eau des nappes phréatiques impropre à la consommation. Le danger est ici une intoxication par consommation et par accumulation d’éléments dangereux pour l’Homme (nitrates, azotes, etc..).

De plus, la consommation d’animaux intoxiqués par ces mêmes éléments est un danger supplémentaire pour l’Homme.

  • Les conséquences sur l’environnement. :

Du fait de leur teneur très élevée en azote, nitrate et potasse, ces peuvent nourrir les plantes jusqu’à leur capacité d’absorption maximum (voire parfois les tuer en cas de concentration trop élevée, comme le montre notre expérience).

Mais une fois que la plante a absorbé les nutriments nécessaires à sa croissance (environ 89% des engrais déversés), où vont les 11% restants?

  • Dépendance :

Les éléments non-absorbés sont néfastes à tout l’écosystème entourant la plante, amoindrissant la quantité de vers et de micro-organismes (bactéries, champignons…) ; ainsi que les éléments essentiels à la croissance de la plante. Cette destruction entraîne alors une dépendance aux engrais : plus le sol est pauvre en matière organique, plus les cultures ont besoin d’apports externes…

  • Stérilisation des sols :

Couplé à un mauvais drainage, l’emploi intensif d’engrais comporte des risques de salinisation des zones trop arrosées, pouvant provoquer ainsi la stérilisation des sols et leur désertification.

Les nappes phréatiques qui sont situées seulement à une centaine de mètres de profondeur, sont les principales réserves d’eau que nous consommons.  Elles sont alimentées par l’eau de pluie qui s’infiltre dans le sol. L’eau de pluie emporte avec elle des particules de terre, de sels minéraux, d’engrais ou de produits chimiques répandus sur le sol. Et lorsque les terres agricoles sont saturées en engrais, l’eau emporte donc les NKP (azote, nitrate et potasse), qui polluent ces réserves en eau, la rendant impropre à la consommation. Les fleuves et rivières étant alimentés par les nappes phréatiques peuvent aussi être pollués. Cette pollution touche au final plusieurs écosystèmes ; les mers, les océans, les fleuves, les forêts, etc…

Monsieur le Président,

Ce serait une grave erreur, excusez-moi du terme, d’ignorer cette lettre que chaque citoyen soucieux de l’avenir de ce  beau pays devrait lire avec attention. Je suis convaincu que vous êtes aussi convaincu que moi que, l’Etat perd beaucoup d’argent à cause de l’importation de ces produits. Hors, ces montants pouvaient servir à faire face à d’autres urgences socio-économiques.

Attendrons-nous les bras  croisés ?

NON ; c’est pour cette raison, Monsieur le Président, je vous propose humblement avec tout le respect que je vous dois, les solutions suivantes :

  • D’user de vos talents d’orateur afin de convaincre vos populations de stopper ces pratiques et à les prévenir de la gravité de leurs actes ;
  • De faire la topographie des terres et évaluer les besoins exhaustifs des exploitants agricoles ;
  • De revoir la politique agricole en intégrant les bonnes pratiques et en faire une large diffusion ;
  • De promouvoir l’agro écologie paysanne qui est une agriculture durable et saine ;

En espérant que ma lettre ne se sera pas vaine, je vous prie de croire, Monsieur le Président de la République, en l’assurance de mes sentiments les plus  distingués.

Mamadou Saliou  CAMARA                                                                                                              N’Zérékoré, le 11 mai 2018

Spécialiste en Sécurité Alimentaire

Activiste de la Société Civile Guinéenne

Email : camarasaliou43@yahoo.fr  Tel : 00224 628305343