Entretien avec Mamadou Diawara, Président du PTS

La baisse de la TVA par Alpha Condé

« Je crois que c’est un effet d’annonce dont Cellou a profité politiquement. Le président, peut-être, y avait pensé, mais Cellou en a fait son cheval de bataille aux yeux du peuple de Guinée » affirme Mamadou Diawara

Le président du Parti du travail et de la solidarité (PTS), Mamadou Diawara, nous a accordé un entretien récemment, dans lequel il nous parle de la modification constitutionnelle pour ramener le nombre de mandats actuel de 5 ans renouvelable à un seul et unique mandat de 7 ans. Mais aussi, d’autres facettes qui défraient la chronique de la vie socioéconomique et politique du pays. Il s’explique.

Univers Jeunes : La question d’un 3e mandat défraie la chronique. Quelle est votre position ?

Mamadou Diawara : C’est le président de la République qui a dit qu’il va remettre en cause la Constitution?

Il a insinué que c’est au peuple d’en décider.

En ce moment, le peuple va décider. Mais on ne peut pas changer une Constitution comme ça. Sinon, tous les 10 ans on va changer. Il faut éviter le goût de s’accrocher au pouvoir. Comme le disent les blancs, on ne te demandera pas de ne pas prendre deux verres de vin, mais on dit un verre ça va, mais trois verres, bonjour les dégâts! Un mandat ça va, mais un troisième mandat, c’est les dégâts.

La crainte d’un 3e mandat n’a-t-il pas toute sa raison d’être dans l’esprit des guinéens dans la mesure où plusieurs  amis du président Alpha Condé sont des dictateurs qui ont modifié la Constitution, notamment le président du Congo Brazzaville Denis Sassou Nguesso?

Chaque peuple a ce qu’il mérite. Sassou Nguesso peut faire ce qu’il veut, mais il reste au Congo, il n’est pas en Guinée. Ce n’est pas parce que cela a réussi au Congo que cela va réussir en Guinée. La preuve en est que ceux qui ont pris le pouvoir par les armes dans les autres pays se sont éternisés. Mais en Guinée, les militaires ont fait deux ans, après ils sont partis. Ce n’est pas parce qu’il a des amis que ceux-ci vont le pousser à modifier la Constitution.   

 En Guinée, ne pensez-vous pas que la fissure ethnique puisse faire prospérer les velléités d’un 3e mandat?

Laissez tomber ! Il n’y a pas de tension ethnique en Guinée. Ce sont des politiques qui créent les fissures ethniques. Depuis que vous êtes là, vous ne cessez pas de dire mon bastion c’est Siguiri parce que je suis de cette localité. C’est vous qui m’encouragez à me renforcer à Siguiri. C’est vous qui cultivez déjà cette idée. Chaque politique doit avoir son bastion de prédilection. Et c’est plus facile parmi les siens que d’aller le faire ailleurs. Mais cela n’est pas dicté par la notion ethnique.

Vous dites que vous êtes pour une modification constitutionnelle. Alors, quelle est votre proposition ?

Je suis pour une seule modification constitutionnelle. Et ça, c’est ma position personnelle que je vais défendre et que vous, vous avez intérêt à défendre. Si vous voulez une Guinée stable et tournée vers le développement, vous devez me soutenir et soutenir ce projet. C’est le projet de mandat unique de 7 ans. Un mandat unique de 7 ans est un moyen de faire taire la tension ethnique, les ambitions démesurées. C’est un moyen de ne tourner l’élu que vers le développement du pays. Il n’a plus besoin de calcul politicien, des cadeaux électoraux qui entrainent forcément de dérapage économique. Il n’a qu’un seul souci, inscrire la Guinée dans l’histoire. J’irai mieux en disant qu’il faut qu’il soit élu avec un vice-président. Mais, il faut être fou ou atteint d’une cécité politique pour croire que moi candidat, je puisse prendre un malinké comme vice-président. Alors qu’il n’y a pas que les malinkés, il y a les peulhs, les forestiers et les soussous. Quand le ticket est accompagné d’un vice-président et que vous êtes élu pour un an, si le vice-président veut, il peut faire de la politique, mais le président a son programme à exécuter pour inscrire la Guinée dans l’histoire. En plus, ne peut être président fiable que celui qui obtient un certain pourcentage dans les grandes villes. Ce qui va nous amener à nous investir dans ces grandes villes politiquement qui ne sont pas forcément la ville d’origine des candidats ou de leur appartenance ethnique. Ce sont des villes qui seront considérées comme des villes des grands électeurs. Tout candidat qui doit gérer la Guinée en paix doit être capable d’avoir au minimum 5% à Labé ou à Mamou, Kankan, Kindia, Forécariah, Boké, Siguiri, Nzérékoré, etc. voilà des grandes villes qui sont considérées comme des grands électeurs. Quelqu’un qui veut diriger la Guinée en toute tranquillité s’il est incapable d’avoir ce pourcentage dans ces villes qui ne sont forcément pas peuplées que par des gens de son ethnie, je ne vois pas comment il pourra gérer, avoir la confiance de toute une communauté où il n’a même pas un pour cent de l’électorat. Et pour l’avoir, il est obligé d’avoir un langage de rassembleur, d’unité et pas seulement dans les mots, mais dans le comportement pour acquérir des voix. Quand c’est comme ça, on a moins de problème, et mieux, comme l’a dit un sociologue, il faut que les candidats, les ministres et tous les cadres puissent parler deux langues guinéennes. Par exemple, Celui qui parle malinké a une vision du Manding différente de celui qui ne parle pas la langue.  Mais ça va pousser les candidats à nourrir leurs ambitions en s’installant à Siguiri ou en épousant une fille de Siguiri. Ainsi, il va comprendre qu’ils sont tous des guinéens et que la différence est fictive et est artificiellement distillée pour pousser les gens vers une tendance régionaliste et communautariste.

 

Le chef de l’Etat a rencontré le chef de file de l’opposition le 1er septembre. Quelle est votre lecture?

Nous sommes en décrispation. C’est curieux ici, mais ça devrait être naturel. C’est ce qui m’amène encore à vous dire que si le président est élu pour 7 ans, il n’a pas d’ennemis parmi les opposants. L’opposition s’oppose pour empêcher l’élu de renouveler son mandat, mais le problème est réglé si on instaure le mandat unique. Dialoguer, entre eux, c’est naturel. Cela se fait ailleurs. C’est ici que ça devient extraordinaire. Ce n’est pas la première fois qu’ils dialoguent. Moi, j’ai assisté à plusieurs cadres de concertation et nous étions tous là. Maintenant, il faut que la raison de leur rencontre se traduise dans les faits réels.  Que chacun accepte ce qu’il faut pour que la démocratie soit moins contraignante. Ils peuvent se voir et c’est leur droit.

 

Alpha Condé a pris plusieurs engagements, notamment l’application du statut de chef de file de l’opposition et la baisse de la TVA. Pensez-vous que ces promesses vont être tenues ?

On ne devrait parler de l’application du statut de chef de file. Cette loi a été votée à l’unanimité à l’Assemblée nationale. Le président n’a rien inventé, c’est prévu par la loi. Si on dit qu’on applique une loi, il n’y a pas de félicitations là-dessus. C’est tout à fait naturel qu’on applique et qu’on l’installe. On a mis du temps, il y a plus d’un an qu’on a voté cette loi. Ça ne devrait pas souffrir du tout dans les tiroirs.  Ça, ce n’est pas un événement. En Europe, il y a souvent deux sortes de TVA : pour les produits de luxe, les produits dangereux comme la cigarette et pour la consommation courante. Les produits de première nécessité touchent directement les ménages. C’est ce qu’on appelle les produits de grande consommation qui sont obligatoires pour le bien-être.  Taxer ces produits à 20 pour cent, je crois que c’est le renchérissement du coup de la vie et ça ne devrait pas exister. Ça doit être à taux réduit pour faciliter la vie de la population. Quand on a une production intérieure, on peut encourager par une politique fiscale pour attirer les investisseurs à s’installer. Je crois que c’est un effet d’annonce dont Cellou a profité politiquement. Le président, peut-être, y avait pensé, mais Cellou en a fait son cheval de bataille aux yeux du peuple de Guinée. Politiquement, c’est un point bien marqué. Si c’était moi, j’allais demander la même chose et même la baisse des produits pétroliers.

Est-ce que cela est faisable?

Oui, c’est faisable ! Mais si c’est cadré dans le programme d’ajustement,  si on diminue par-ci, on augmente par-là. L’essentiel est que le volume global soit respecté. Même si ce n’est pas faisable, si le peuple souffre, il faut qu’on baisse.

 

 

                                                                                                                                            Réalisée par

                                                     Mamadou 3 Diallo

                                    (En collaboration avec le journal le Populaire)

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