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Sélection gouvernementale ④ : À Chacun son Ministère (Moussa Cissé, journaliste)

Tribune. Quand les premiers lots de paniers ministériels, fruits des premières récoltes de la dernière saison postélectorale ont été attribués, des fils de certaines préfectures se sont sentis oubliés, à tort ou à raison. De la raison à la déraison, il n’y a que les bruits des pas des marcheurs, des porteurs de pancartes et des crieurs de slogans qui font la différence. Puisque nous étions parmi les premiers laboureurs, pourquoi aucun des fils n’est parmi les premiers récipiendaires de panier ministériel ? disent-ils tout haut, ce que chacun pense plus haut.

A tordre ou à raisonner, un conseil : Attention à la qualité des fruits contenus dans le panier ministériel qu’on pourrait refiler à l’un des meilleurs rejetons de votre préfecture. Car il y a des paniers contenant des fruits de pas mûrs, de pas frais, de pas juteux ou de pas sucrés. Avec la distance qui sépare votre préfecture de la capitale, et le bon vouloir de l’état capricieux des routes, même si les fruits n’auraient pas les défauts ci-devant, les produits pourraient arrivés à destination complètement avariés. Il ne faut surtout pas négliger que la saveur apparemment sucrée des fruits juteux de certains paniers ministériels ont des arrière-goûts très amers. Surtout si c’est quelque chose de semblable à la mallette ministérielle des flics et des paniers à salades d’insécurité, avec en hors d’œuvre, des outils de répressions pour marcheurs et grévistes de samedi soir.

Ministère des flics et des paniers à salades de l’insécurité

Tel a été le triste sort de la préfecture d’à côté, quand l’un de ses brillants fils a été nommé ministre des flics et des paniers à salades de l’insécurité. La nouvelle a été accueillie à coups de klaxons d’obus, de trompettes 22 long rifle, de tambours de cocktail Molotov, d’orgues de Staline à 40 bouches, de flûtes à canons sciés et de divers calibres d’armes lourdes de musique, dignes de la flicaille.  La réception de l’enfant prodige au village fut grandiose en son, en lumière et marée humaine. De mémoire d’éléphant, du jamais vu avant, maintenant et pour toujours.

Dans son discours de remerciement, le ministre ne pouvait ne pas dire ce que les vieux et les femmes attendaient de lui à propos du misérable sort de leurs rejetons désœuvrés. Il a dit ce que tout enfant prodige pris en otage par les siens, dans l’allégresse d’une nomination ministérielle, aurait fait. Promettre de l’emploi à tous les jeunes. Promesse tenue, promesse réalisée. Tous les jeunes, toutes catégories confondues ont été enrôlés dans les rangs des flics : des petits vendeurs d’herbes à la sauvette, des proxénètes du lundi matin, des grévistes sur commande, des marcheurs par vocation, sans oublier les délinquants qui commencent à prendre du poids, à court, à moyen et à long termes.

Sitôt engagés, bonjour l’initiation à l’art du maniement des outils de pression et de répression hérités des régimes du temps des lois anti-casse : pétards à jets d’eaux bouillantes traçantes, flingues à cartouches réelles, fumigènes à piments synthétiques, bottes à crampons plombés, matraques de velours en bois d’ébène homologuées par les fouineurs des droits de l’Homme.

Aussitôt formés, aussitôt affectés dans les différents services. Chacun selon sa spécialité d’origine. Les coureurs de jupons ont intégré la brigade des mœurs. Les dealers à la sauvette ont rejoint le régiment des stupéfiants. Les grévistes sur commande et autres marcheurs sans chaussures autorisées ont débarqué au bataillon des antigangs. Aussitôt répartis, retour à la case de départ. Tous mutés à la préfecture d’origine.

Droit d’ainesse

Pas question de faire usage de l’arsenal de musique de la flicaille. Après tout ce sont nos petits frères, disent-ils. Alors, les armes de concert mises à coté, on fait recours aux droits d’ainesse à l’africaine.  Ne dit-on pas chez nous que Dieu a façonné le grand frère, et le grand frère à façonné le petit frère ? Tel était la logique constitutionnelle du Généralissime Lansana Conté, président militairement élu, qui disait qu’en Afrique « quand un enfant, soit-il à tête d’un parti politique, insulte son grand frère, on botte les fesses de ce jeune frère ». Vite fait. Pas besoin d’attendre les résultats d’une élection quelconque pour donner raison à celui qui a tort.

Les petits frères, s’imaginaient prendre la relève sous la protection de leurs dignes grands frères en tenues. Ils ne pouvaient rêver meilleure protection quand on est couvert par son frère du même bled. Leurs rêves furent de courte durée. Désormais, plus de vente d’herbes, de marches sans chaussures autorisées, de grèves sur commande, de setting sans chaises appropriées. Les futurs délinquants en herbe ont brutalement réalisé que l’horizon des petites combines et lucratif business de grèves, marches, sit-in et le reste est bouché à jamais.

Depuis lors, dès que les murmures d’une marche, d’une grève ou d’un sit-in, sont propagées, chaque flic se rend dans sa famille en tant que grand frère, pour tirer les oreilles, au besoin, botter les fesses des petits frères à l’origine de la pagaille annoncée. Plus de troubles dans notre préfecture. Ordre du ministre, digne fils du coin. La récréation est terminée. Le pays est commandé. Sans appel.

En effet, avant l’avènement d’un des rejetons de la préfecture au gouvernement, c’était le bon vieux temps, regrettent les jeunes. On observait des grèves sur commande et autres marches sans chaussures autorisées, gracieusement compensées par l’opposition. Tout valait son pesant d’or. Les bosses aux fronts, signes d’encres indélébiles des matraques, étaient rémunérées en dollars. Il parait que les américains adorent ça. Les traces de passages à tabac dans les couloirs de la police étaient remboursées en euros. Pour les archives de l’Union européenne dit-on. Les temps de garde-à-vue dans les geôles des flics étaient payés en monnaies locales. Pour enrichir le compte macabre des martyrs de l’opposition, mais surtout pour servir de fonds de dossiers pour demandeurs d’asile politique. Le tout comme paperasse qui justifie l’existence des organisations de droits de l’Homme et autres fructueux business Onusiens. Il faut le dire, le business des trouble-fêtes rapportait gros à tout le monde. Alimenté autant par l’opposition que par la mouvance. Car à chaque fois que les frondeurs étaient appelés à mouiller le maillot pour le compte de l’opposition, des émissaires de la mouvance débarquaient aussitôt avec des mallettes bourrées de billets de banque pour nous demander de mettre la balle à terre.

Compensation des flics pour brutalités policières

Faut-il signaler qu’au temps des flics sans liens de droits d’ainesse, les coups de matraques, coups de bottes, coups de pétard et des doses raisonnables de fumigènes savamment distribués dans une mise en scène bien orchestrée n’étaient pas gratuits. Car, quand les gardiens de paniers à crabes ont découvert que les troubles rapportaient gros aux têtes brûlées, ils ont observé une grève de zèle illimitée. Plus de coups de matraques, de bottes, de traces de sévices corporelles et de temps de geôle sans juste compensation. À la suite d’âpres négociations, avec la bénédiction des sages, un accord a été trouvé sur la compensation des flics pour brutalités policières. Les tarifs ont été fixés par types de sévices corporels, et les monnaies de change correspondantes ont été définies. Les choses marchaient très bien, avant la sélection de notre frère dans l’équipe gouvernementale. Depuis lors, les opposants pourvoyeurs de fonds de soutien aux troubles politiques ont disparu. Avec eux, toute la communauté internationale et les organisations satellites, sympathisants des trouble-fêtes.

Limitation du panier ministériel

Concertation faite, les sages et les femmes ont soutenu le point de vue des jeunes : ‘’la limitation du panier ministériel accordé à la préfecture’’. Car le prix à payer par une préfecture pour occuper un fauteuil ministériel ne compense pas le manque à gagner. Une chose entrainant une autre, le ministre préfectoral est à la base du recrutement des jeunes dans la flicaille. Les flics, rejetons du terroir, ont usé de leurs droits d’ainesse en lieu et place des matraques et fumigènes, mieux adaptés aux combines.

Tout compte balancé, la préfecture a appris, un peu sur le tard, que les ministres ne sont pas nommés pour s’occuper du développement de leurs préfectures respectifs. En réalité, ils sont chargés de conduire la politique du gouvernement en matière de développement dans des secteurs spécifiques à l’échelle nationale. Aussi simple que ça.

Aux dernières nouvelles, les sages seraient en conclave pour faire un sacrifice rituel en faveur de la limitation de panier ministériel accordé à leur préfecture. Au menu du sacrifice, un taureau jaune sur fond noir, né sous le signe astrologique du sagittaire ; un coq sourd muet, couche tôt et lève tard ; un canard boiteux, un chat botté, une brebis galeuse et un bouc émissaire.

Toute ressemblance entre les préfectures imaginaires et les préfectures existantes, est pur fruit juteux du hasard.

 

MOUSSA CISSE, JOURNALISTE

 

Plus jamais ça

 

Le ministère des bouviers

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