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Guinée: Mariage précoce, excision, VBG Kadiatou Konaté  fait le point! (Interview)

Autonomisation des filles et femmes, bilan des cas de viols, médicalisation de l’excision, mariage précoce et piste de solutions sont entre autres les sujets abordés avec la présidente du club des jeunes filles leaders de Guinée (CJFLG). Dans cette interview accordée à Afriquevsion.info, Kadiatou Konaté pense que la médicalisation de l’excision est un autre problème. Lisez……. 

Afriquevsion.info : Comment se porte votre ONG ?

Kadiatou Konaté: Le club des filles leaders de Guinée est une organisation qui œuvre dans le domaine de la protection et de la promotion de droits des filles. Et ces derniers temps, le club a élargi ses champs d’action et ses champs d’intervention à travers nos axes stratégiques prioritaires notamment l’autonomisation de filles et des femmes. Par ce qu’avant on était dans le domaine de la dénonciation des cas de VBG qu’autre chose. On a compris qu’au-delà de l’autonomisation, des violences faites aux filles et femmes, il y a quand même une question de dépendance financière qui est posée. Ce qui nous amène progressivement vers les questions d’indépendance financière ou d’autonomisation économique des filles et des femmes. Donc de manière plus globale c’est ce qu’il faut signaler. Et d’autres choses c’est l’implication des hommes dans les processus de lutte. Avant si les actions du club étaient tournées exclusivement vers les jeunes filles, il faut savoir qu’on a fait en sorte que les jeunes hommes soit intéressés par les programmes que nous développons notamment à travers notre programme la masculinité positive que nous prenons à l’intérieur du pays et à Conakry.

Afriquevsion.info: Est-ce que vous faites le bilan par rapport aux violences faites aux filles ?

Kadiatou Konaté: Cette année il n’y a vraiment pas de  bilan officiel tant niveau du ministère en question qu’au niveau de services de protections enregistrées. Parce que ces problèmes de statistiques se posent chaque année. Mais sein du club des jeunes filles leaders de Guinée, il faut signaler qu’on a géré énormément des cas surtout quand on prend les cas de viols où on a géré plus de 50 sur toute l’étendue du territoire national. Et surtout sur les questions de viols, de mariage d’enfants. Parce que ce ces pratiques sont plus récurrentes pendant les vacances. Les violences conjugales tant moment qu’on défère à d’autres organisations qui sont mieux habilités à travailler sur ces questions que nous.

Afriquevsion.info: Vous vous battez contre l’excision, aujourd’hui les textes l’interdisent. Mais il y a cinq à dix ans ce n’était pas le cas. La plus part de vos détracteurs ne sont pas d’accord avec les arguments que vous annoncez,  notamment les complications pendant l’accouchement. Pourtant, il y a certaines qui sont dans les ONG qui continuent à exciser leurs enfants en cachettes. Ce que certains proposent la médicalisation de la pratique au lieu d’interdire. Puisque de toutes les façons les gens continuent d’en faire  en cachette. Quel est votre point de vue ?

Kadiatou Konaté: Le système de médicalisation est un système qui nous amène à continuer l’excision. La question qui est là, c’est comment faire en sorte d’arrêter l’excision. Ce n’est pas passé par tous les moyens et camoufler l’excision. Ce n’est pas ça. La pratique de l’excision est très mauvaises. Il faut qu’on comprenne conscience. C’est-à-dire on ne peut pas régler un problème tout en créant un autre. Vouloir régler le problème de l’excision à travers la médicalisation c’est préparer un autre problème à travers le problème principal qui existe. Je ne partage pas l’avis de la médicalisation. Je pense qu’il est intéressant de prendre conscience de ce qu’on fait. Surtout de mettre un accent particulier sur notre engagement personnel. Parce que c’est hyper important. Vous avez signalé le fait qu’il y a de ses gens qui se battent pour les questions d’excision. Malheureusement qui continuent à pratiquer l’excision. En fait, ce sont les gens qui n’ont pas d’abord changer. Et le changement est d’abord personnel ensuite collectif. Mais vous ne pouvez pas prôner un changement à travers lequel, vous-mêmes, vous n’avez pas changé, vous n’êtes pas convaincu. Le message ne va pas passer. Il faut qu’on est conscience de méfaits de l’excision. Dire que ce n’est pas forcément une pratique comme on le pense, une pratique importée du monde extérieur. C’est une pratique qui existe et qui néfaste pour la santé des jeunes filles, et donc qu’il faut mettre fin. Il y a des pratiques qu’il faut continuer, mais il y a d’autres aussi non. Et c’est le cas de  l’excision. Parce que ça a des conséquences néfastes sur la vie des filles.

Afriquevsion.info : L’autre sujet aussi, c’est cette affaire de mariage précoce. D’aucuns estiment que la question d’âge est un faux débat. C’est ce qui se dit parfois autour du thé, dans les quartiers, en famille. Pour eux vous pouvez voir parfois des filles de 16 ans de 17 ans, physiquement et moralement plus mature qu’une autre qui a 20 ans, 25 ans. Quelle est votre réaction ? Surtout en Guinée, il y a beaucoup plus de femmes célibataires que des mariées.

Kadiatou Konaté: Selon quel statistiques on dit qu’il y a beaucoup plus de femmes célibataires que les femmes mariées ? A ce que je sache, il n’y a pas de statistiques qui prouvent qu’il y a plus de femmes célibataires que des femmes mariées. Mais en ce qui concerne la question de mariage d’enfants, très souvent on se base sur la religion pour justifier des choses non justifiables.

Tant que ça nous concerne on justifie comme on le veut. Et très souvent aussi on dit qu’on interprète la religion comme ça nous arrange. Moi quand je lis le coran, j’interprète cette lecture en fonction de ma perception de choses. La personne en face de moi, qui lit le coran l’interprète en fonction de sa perception des choses. Il n’y a pas d’interprétation fixe. Et ça nous renvoie aux cas de mariage d’enfants. Une fille de 12 ou 13 ans cherche quoi dans un foyer ? Le mariage quand même c’est un ensemble d’éléments qu’il faut prendre en compte. On ne peut jamais dire à 100%  qu’une fille de 13 ans est mature. Mature sur quel plan exactement veut-on dire ? Maure à supporter les tracasseries d’un foyer, pour gérer un homme ? C’est compliqué. Une fille de 14 ans voire 16 ans est d’abord enfant. Elle a besoin de bénéficier, d’avoir les faveurs d’être un enfant, d’apprendre, de se construire, de s’épanouir. Surtout, d’être dans une lancée, de préparer son avenir. Et non aller dans un foyer ou elle aura peut-être énormément de peine à se relever. Parce qu’à un moment donné ce sont très souvent les mêmes filles qui divorcent. Parce qu’en réalité ce n’est pas leur choix. En réalité, a 13 ans elle ne savait pas dans quoi elle s’embarquait. En réalité, a 15 ans elle se demande à qui vivre. Mais il y a toujours de gens qui sont là pour embobiner leur tête. Et quand elle grandit, elle se rende compte que c’est tout le contraire de ce qu’on l’avait dit au début. C’est hyper compliqué. Je ne suis pas d’accord sur le fait qu’on dise c’est une fille de 15 ans, elle a choisi. Une fille de 15 ans n’a pas forcément tous les moyens qu’il faut pour choisir, décider de son avenir. On peut lui donner des éléments qu’il faut, l’aider à suivre la bonne voie, l’encadrer pour la permettre de s’épanouir, de tracer son destin. Mais dire qu’une fille de 15 ans c’est à elle de décidé maintenant de son destin surtout sur une question fragile comme le mariage ou on parle de toute une vie, je ne suis pas d’accord.

Afriquevsion.info: Vous-vous battez pour et montez au créneau pour dénoncer cette pratique de mariage précoce. Mais vous avez des filles qui n’ont même pas 15 ans qui sont en concubinage avec des plus âgés qu’elles, mais les ONG ne disent rien de cela. Quelle est votre réponse ?

Kadiatou Konaté: Ce que les vieux sont irresponsables. Une fille de 14 ans qui suit un vieux, c’est que cette fille est victime de quelques choses. Elle est victime de son environnement, d’un système. Je vous donne un exemple. Deux sœurs qui sont à la maison, la petite sœur qui apprend sa grande sœur sort à tout moment où elle pense qu’elle ne doit pas faire énormément d’efforts pour obtenir un travail ou avoir un iPhone, il suffit juste qu’elle appelle un vieux pour l’avoir, la petite qui voit l’exemple va grandir avec ce système. Et cette petite n’aura pas de limite à suivre un vieux à son tour pour obtenir la même chose que sa grande sœur. Et sa grande sœur qui n’est pas un bon exemple ne pourra pas interdire sa petite sœur à faire la même chose. En réalité, cette grande sœur même est issue d’un système. Et elle aussi est victime d’un système. Donc on suppose que la petite fille se retrouve dans cette situation. Au-delà de ça, je pense que les filles sont vraiment libre de faire ce qu’elles veulent. Par ce qu’au-delà de 18 ans on dit que la responsabilité parentale est très réduite par rapport à la jeune fille. Par ce que quelques soit la volonté pour un parent de contrôler un enfant, à partir de 18 ans vous n’avez pas forcément toute la main mise sur ton enfant pour le contrôler. Mais en dessous de 18 ans, ce que le vieux qui profite de la naïveté de la fille parce qu’il faut le dire cette personne a profité de la naïveté de la petite fille, c’est le vieux qui est  coupable. La petite fille n’a pas forcément toutes les facultés mentales pour réfléchir à tous ces aspects. Mais toi, tu dois être conscient du fait que tu ne peux pas faire la même chose à ton enfant malheureusement.

Afriquevsion.info: Qu’est-ce qu’il faut pour réduire s’il faut bannir même cette pratique ?

Kadiatou Konaté: C’est appelé à la responsabilité de tout le monde. À la responsabilité de ces vieux d’arrêter d’être irresponsable est de profiter de la naïveté des filles. La responsabilité des parents, est d’inculquer une très bonne éducation aux enfants, à la responsabilité des parents d’assurer une bonne communication parent-enfant. Et surtout ne pas dire je donne tout à mon enfant, mais il n’écoute pas. Nos parents ne nous donnent jamais tout. En fait ils donnent le minimum et sans communication, sans explications pensant qu’ils nous ont tout donner. On a besoin d’amour, d’affection, de communication et surtout d’espace d’échange. Sinon on se retrouvera dans une situation à laquelle nous ne souhaitons pas malheureusement.

Afriquevsion.info: Mais aujourd’hui on voit des filles de 14, 15 ans avec des grossesses. Pour éviter d’honnir les parents, ils préfèrent donner cette fille à un jeune homme en mariage légal que de laisser cette fille prendre cette grossesse non voulue. Vous à leur place qu’auriez-vous fait ?

Kadiatou Konaté: Je pense que les parents n’ont pas pris leur responsabilité. Les filles vous allez dire très souvent que je pense que les filles sont victimes. Oui elles sont victimes. Elles n’ont pas d’information sur leur sexualité. Elles ne sont pas préparées. Elles ne savent pas à quoi faire face. Les parents ne brisent pas le tabou autour de ce sujet. Ils n’en parlent pas en famille. Ils ne sont pas proches des enfants. Quel type d’éducation voulons-nous léguée cet enfant ? Frapper ne résout pas le problème. Être dehors tout le temps en train de chercher de l’argent, en train de subvenir les besoins de l’enfant mais sans assurer la protection de l’enfant ça ne marche pas. Si vous ne voulez pas que votre enfant soit victimes d’un tel fléau, vous prenez toutes les précautions nécessaires pour ne pas que votre enfant tombe dedans. Ce n’est pas en donnant votre enfant en mariage que vous résoudrez le problème. En fait vous avez créé un autre problème. Une fille de 15 ans qui tombe enceinte, après qu’elle ait exposée au problème d’accouchement et autres qui doivent subvenir, après qu’elle est obligé de subvenir aux problèmes  de son foyer, de piétiner son avenir juste pour ce fléau, c’est incompréhensible. Ça ne passe pas comme ça. Et tout là, juste parce que ces parents veulent soigner ou protéger leur dignité. Eux à cause de leur image, ils mettent tout un tas d’avenir de la fille à côté. C’est pour cela, la communication, c’est quelque chose qu’on peut donner à tout moment, mais qu’on ne donne pas. Il faut approcher ton enfant. Il faut discuter avec ton enfant. Vous allez voir un enfant qui se sent à l’aise dehors à parler à quelqu’un d’autre que de partager les mêmes choses à ces propres parents. Ça ne doit pas être comme ça. Je dois plus me sentir à l’aise en famille qu’ailleurs.

Afriquevsion.info: Mais certains estiment que votre combat, c’est juste pour avoir le financement des lobbys? Parce que les mariages qui sont dans les villages c’est pour éviter de telles pratiques. Aux villages, une fille de 20 à 25 ans n’a plus de chance d’avoir un mari jeune.

Kadiatou Konaté: S’ils en pensent on les concèdent. On fait de notre mieux pour régler les problèmes qu’on parvient à régler. Ce qui est sûr on ne peut pas régler tous les problèmes  de la Guinée. Mais on fait le mieux que possible.

Afriquevsion.info: Vous avez empêché des mariages précoces. Ces filles que vous défendez, certaines d’entre elles ont des difficultés par la suite à se marier. 5 ans, 10 ans après, est-ce que vous n’aurez pas le regret de les voir toujours célibataires ?

Kadiatou Konaté: Pas de regret. La situation qu’elle reste 5 a 10 ans, on a fait en sorte qu’elle ne se retrouve pas dans un mariage d’enfants. Ce n’est pas la même chose. Ce ne sont pas les mêmes problèmes. Donc ça peut ne pas être ça.

Afriquevsion.info: Votre mot de la fin!

Kadiatou Konaté: C’est d’appeler la responsabilité sociétale tout un chacun. Cette responsabilité sociétale s’inscrit dans le cadre vous et moi et même l’État qui n’agit pas comme ça se doit, de faire en sorte que nous puissions vivre dans un monde juste, et égalitaire pour toute et tous. Ça passe d’abord par la famille, par le monde professionnel et ensuite par notre environnement de manière plus globale. On peut changer les choses. Il suffit juste de s’y mettre.

 

Interview réalisée par Amadou Tidiane Diallo

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