- A la une, Actualités, Economie, Societe

Guinée : le registre social unifié (RSU), un danger à éviter

Chronique. Pour des raisons de justice sociale et d’équité, il est judicieux d’abandonner le RSU ainsi que le fichier IDEMIA[1], alimentés sur la base de ciblages qui se sont avérés imparfaits sur le terrain et très douteux. Tant et si bien que leur utilisation provoquera de graves injustices sociales.

Cela dit, il est prudent de renoncer à ces fichiers défectueux. Sinon, les nombreuses personnes qui vivent dans la précarité quotidienne et qui, malgré tout, ne bénéficieront pas du FDSI (Fonds de développement social et de l’indigence) à cause de leur absence dans le RSU, nourriront un sentiment d’exclusion qui pourrait même être préjudiciable à la cohésion sociale. Au passage, il est à remarquer que le FDSI est une manne qui profite plus à ceux qui le gèrent.

Le contenu du RSU étant sujet à caution, je suggère aux autorités d’avoir une approche globale de lutte contre la pauvreté. Ce qui, de facto, exclut le recours au RSU au profit de la blockchain qui permet de sécuriser l’ensemble de nos identités, c’est-à-dire numériser l’identité de chaque Guinéen de façon telle qu’elle soit infalsifiable, non duplicable et non réutilisable. Tant et si bien que, même en cas de décès d’un Guinéen, personne ne pourra s’approprier son identité pour profiter des avantages sociaux dont il bénéficiait de son vivant.

Grâce à la technologie blockchain, la Sierra Leone, pourtant moins dotée en ressources que la Guinée, a réussi la fiabilisation des identités qui lui permettra, en plus, de « combattre efficacement la corruption, les fonctionnaires fictifs et l’attribution frauduleuse d’avantages sociaux ». N’attendons pas pour faire la même chose chez nous, d’autant plus que cette sécurité à la léonaise est primordiale pour la mise en place d’un outil global de lutte contre la pauvreté, qui tiendra compte de la totalité des poches de pauvreté en Guinée. C’est cela l’approche holistique, c’est-à-dire globale.

Le système Wuri d’identification unique[2] aurait pu être envisagé dans mes propos. Mais ce dernier est inefficace par rapport à la blockchain. Pour cause, il ne peut pas empêcher la duplication des identités, même si, l’intégration de l’enregistrement des naissances avec le système de gestion des identités, peut réduire le risque de la duplication.

Surtout, le projet WURI vise à atteindre 80% de la population d’ici juillet 2024, date de fin dudit projet. Cela signifie qu’il y a un risque que 20% de la population ne possèdent pas d’identifiants uniques et soient donc exclus des services sociaux[3].

Par conséquent, je suggère d’abandonner également le projet WURI, puis de rediriger les ressources (financières, matérielles et humaines) qui lui sont dédiées, vers la blockchain, plus sûre, plus efficace et beaucoup moins coûteuse.

 

Ibrahima Bah, Respect des deniers publics et du citoyen, rdpcguinee@gmail.com

Docteur en Sciences économiques, écrivain, auteur de manuels scolaires

 

[1] Fichier de l’ANIES qui fut utilisé pour effectuer des transferts monétaires électoraux liés au fameux « troisième mandat ».

Il est à rappeler que, du fait de l’interopérabilité, le Registre social unifié, comme son nom l’indique, est la porte d’entrée du fichier IDEMIA.

[2] Il est à rappeler que Wuri est un programme d’identification numérique dont la vocation est d’attribuer à chaque Guinéen, et aux étrangers vivant en Guinée, un identifiant unique. Il a été financé en 2019 par la Banque mondiale à hauteur de cinquante millions de dollars américains.

[3] Source : Rapport d’évaluation sociale du projet WURI.

About Afriquevision Afriquevision

Read All Posts By Afriquevision Afriquevision