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Guinée, l’an un du CNRD au pouvoir : Bintou Touré, leader du PGPD s’enflamme , « Il y a beaucoup d’abus qui sont en train de se passer aujourd’hui »

Le médiateur de la CEDEAO a bouclé sa mission en Guinée. Durant son séjour, Boni Yayi a rencontré la junte au pouvoir, des membres du gouvernement, des leaders religieux et plusieurs acteurs sociopolitiques du pays. Mais Madame Yansané Bintou Touré, présidente du parti PGPD, dit ne pas croire que ce monsieur puisse faire une plus value en termes de dialogue, de négociation en République de Guinée. Dans cette interview qu’elle nous a accordée, l’ancienne députée a abordé plusieurs sujets d’actualité notamment la mission du ministère de l’administration du territoire et de décentralisation qui devait venir dans les sièges des partis politiques depuis le 16 août dernier, la dissolution des certains conseils communaux et l’an un du CNRD au pouvoir. Ce sont entre autres les questions que la présidente du parti Guinéen pour le Progrès et du Développement PGPD a répondues. Lisez….

Afriquevision.info : l’émissaire de la CEDEAO a bouclé dimanche une semaine de mission en Guinée. Durant son séjour, Boni Yayi a rencontré la junte au pouvoir, des membres du gouvernement, des leaders religieux et plusieurs acteurs sociopolitiques du pays. Est-ce que vous faites partie de ceux qui ont été reçus par le médiateur ? Si oui, quelle est votre appréciation de cette rencontre ?

Bintou Touré : Il a effectivement rencontré toutes les composantes de la nation guinéenne notamment les coalitions des Partis politiques. Vous savez, il y a eu déjà un premier calendrier qui a été reporté pour le lendemain. Et le premier jour, c’est vrai que moi personnellement j’étais prête à y aller, mais à la dernière minute on a donné une information que c’est reporté. Donc le lendemain par la télévision nous avons appris que c’était à partir de midi. Donc moi personnellement je n’ai pas été à cette rencontre. Et ma coalition COPED si y est rendue notamment à la personne de Ousmane Kaba et Mohamed Oyé Beavogui. C’est vrai qu’on a eu après les conclusions officielles du contenu. Mais je vais quand même dire qu’un médiateur pour la Guinée c’est vrai qu’il y a eu assez de discussion autour de l’arrivée d’un médiateur, finalement c’est porté sur la personne de son excellence Monsieur président Boni Yayi. A mon avis je ne remets pas la position de la COPED puisque jusqu’à présent nous ne nous sommes pas rencontrés pour tirer les conclusions. Mais personnellement au nom de mon parti (PGDP) je crois que cette démarche est très bonne. Il a fait ce qu’il peut et ce qu’il pouvait faire pour réunir les composantes de la nation, les écouter, tirer sa propre conclusion et nous présenter le contenu. Mais je vais juste dire que je ne crois pas que ce monsieur puisse faire une plus value en termes de dialogue, de négociation en République de Guinée.

La solution, la clé se trouve avec le Président de la transition. Il vous souviendra que lorsqu’il y a eu le coup d’état le 05 septembre, après le colonel a invité les acteurs sociopolitiques au palais du peuple. Il a fallu un seul discours du président de la transition pour qu’automatiquement les partis politiques s’organisent en coalition. Parce qu’il a dit qu’il ne voulait pas avoir plusieurs interlocuteurs. A l’époque on parlait de 181 partis. Aujourd’hui ces partis ont fait l’effort rien qu’ à travers son discours pour se réunir en 22 coalitions. Donc ça veut dire ce qu’un leader, qu’un chef d’Etat dit à une portée. Aujourd’hui, il suffit qu’il ait la volonté politique de vouloir mener ce dialogue pour que tout revienne à la normale.

Je veux simplement dire que si le président de la transition accepte aujourd’hui de présider lui-même ce dialogue, de rassurer les acteurs politiques parce qu’il faut le dire que la transition est politique. Donc forcément les acteurs politiques sont concernés et ils doivent jouer un rôle important. Je pense que monsieur le président s’il accepte aujourd’hui de conduire lui-même ce dialogue, parce que quoi qu’on dise le premier ministre, le ministre de décentralisation quelle que soit leur volonté c’est quand même ils vont se référer au président pour donner des conclusions ou des réponses aux acteurs politiques. Mais si le président de la transition accepte de mener ce dialogue et de donner un discours rassurant aux acteurs politiques ont peut sortir de cette crise. Celui qui a cette solution. Boni Yayi, le médiateur aura beau fait sincèrement il restera beaucoup de choses à faire. Ensuite, il y a un problème au niveau des acteurs politiques. Ils réclament la durée de la transition. S’il n’y a pas une symbiose, une harmonie entre les acteurs politiques, la transition est partie pour 5 à 10 ans. Parce que si on ne s’entend pas, aujourd’hui il y a des acteurs politiques qui voudraient qu’on n’associe pas certains partis politiques ou certaines coalitions politiques. Il faut que les acteurs politiques comprennent ce qui disent.

Il faut qu’ils comprennent qu’on est aujourd’hui dans une situation de négociation, de débats et d’échanges, où c’est la force des arguments qui prévaut et non le poids pondéral. On n’est pas dans une situation électorale ou on peut parler du poids pondéral. Ceux qui ont ce poids pondéral le reconnaissent d’abord. Donc, c’est a eu de faire assez d’efforts pour venir autour de la table pour qu’on en parle. De l’autre côté, aujourd’hui, par l’état actuel des choses, je crois qu’il faut un discours rassurant pour que tout le monde se retrouve autour de la table. Vous n’êtes pas sans savoir que certains leaders politiques sont à l’extérieur du pays, d’autres sont en prison. Parce qu’il ne faut pas critiquer pour critiquer aussi. Si on me demandait ma solution, j’aurais dû aujourd’hui, ce sont des gens qui ont quand-même gérer la République à un moment donné. Ceux qui sont en prison ne sont pas pour le moment des criminels. Certes, ils sont poursuivis pour des faits, on peut les libérer quand-même sous condition pour qu’ils puissent participer à ce dialogue. Ceux qui sont à l’extérieur qu’on leur donne toutes les assurances pour qu’ils puissent rentrer. Ce qui ne tant en rien le rôle de la CRIEF et la moralisation de la vie publique. Pendant qu’on est en dialogue, chaque fois qu’on aura besoin d’un leader politique, pour des questions judiciaires, il va s’y rendre. Donc moi je crois qu’il faut beaucoup d’astuces, d’intelligence et de personnalités de la part du CNRD pour pouvoir réunir tous ces gens autour de la table. Monsieur Boni Yayi, je ne dis pas qu’il ne connaît pas la Guinée, mais il ne connaît pas la Guinée en profondeur.

Afriquevision.info : Si vous dites que le médiateur ne connaît pas la Guinée alors que quelqu’un d’autre a été rejeté, malgré tout, cette mission de l’organisation sous régionale a dévoilé le contenu des recommandations de l’ancien président béninois. Quelle solution proposez-vous malgré les conditions des certains partis politiques à part la libération des détenus politiques et le retour des exilés ?

Bintou Touré : Je crois qu’à priori il ne faut pas poser de conditions pour un dialogue. Je vais leur demander de venir autour de la table et poser ces conditions, dire ce qu’ils pensent. C’est pour cela je demande au président du CNRD lui-même de présider le dialogue. Parce que ceux qui sont devant ce dialogue, je ne doute pas de leur volonté ou de leur moralité, mais ils vont toujours se référer. La personne qui prend la décision immédiate par rapport à cette ses revendications c’est vrai que les échanges seront houleux, mais on sortira avec une solution parce que la personne qui décide est celui qui est en train de présider le dialogue. Donc il est important pour l’intérêt général que tous et chacun viennent autour de la table dire effectivement ce qu’il pense devant la personne qui décide.

Afriquevision.info : autre sujet, le président de la transition a décidé de dissoudre plusieurs conseils communaux pour mauvaise gestion et de détournement de ressources. Qu’en pensez-vous ?

Bintou Touré : Il faut reconnaître que cette décision est régi par le code des collectivités locales. C’est vrai que dans le code des collectivités locales notamment en son article 80, le président de la République a la qualité de dissoudre les collectivités locales. Mais il y a quand même deux hypothèses qui sont décrites dedans. La première hypothèse, c’est que ces collectivités locales ont fait l’objet de trois suspensions pour fautes graves. La deuxième, c’est si au moins un tiers des membres de ces collectivités locales ont fait l’objet des poursuites définitives pour avoir commis des crimes ou des délits. Donc si ces conditions sont réunies le président de la République a bel et bien qualité de dissoudre les collectivités sur proposition du ministre de l’administration.

Donc la question qu’il faut se poser est de savoir que ces collectivités ont fait l’objet d’une suspension de trois fois ou un tiers des membres de ces collectivités locales ont été poursuivis pour des crimes ou de délits pour une décision judiciaire définitive. Si ces hypothèses sont réunies, le président de la République a bel est bien qualité de les dissoudre. Mais il faut reconnaître aussi que le code des collectivités locales confère le pouvoir à l’État de contrôler la gestion des collectivités locales. Et je crois qu’il y a neuf ou dix collectivités locales dissoutes et remplacée par les délégations spéciales. Donc la réponse là est politique, dire qu’il y a une arrière-pensée de vouloir perdurer au pouvoir. Au niveau de notre parti, on ne pense pas comme ça jusqu’à preuve du contraire. Mais si la durée de la transition jusqu’à présent n’est pas définie, si le contenu n’est pas accepté par tous, c’est bien normal politiquement que les gens puissent penser qu’il y a une arrière-pensée. Mais au niveau du parti nous estimons que si des décisions sont prises pour moraliser la vie publique c’est tout à fait normal.

Afriquevision.info : Mais les conseillers communaux sont élus au même moment que les députés. Pourtant eux ont été dissous le jour du coup d’État. N’est-il pas une incohérence ?

Bintou Touré : Moi je crois qu’il ne faut pas associer les deux. Le Parlement est une institution de la République. Nous avons été élus par une élection certes. Ça rime parfaitement avec les conseillers, mais quand-même l’Assemblée nationale est la deuxième institution de la République. Donc il va de choix lorsqu’il y a un coup d’état, la première institution à dissoudre comme se fait partout c’est d’abord suspendre la constitution, et dissoudre l’Assemblée nationale. Mais la dissolution des collectivités locales est régie par un code des collectivités locales. Donc il y a quand-même une nuance même si le mode c’est l’élection pour les deux entités. Mais la dissolution de l’Assemblée c’est quand-même de facto si je peux le dire comme ça. Dès qu’il y a un coup d’État, l’Assemblée est la première institution à dissoudre. Mais ce n’est même pas réglementé comme tel. Normalement dans la constitution, la dissolution de l’Assemblée est conférée au président de la République avec les déclinaisons bien claires. Mais un coup d’État quand-même, ça vient comme un cheveu dans la soupe.

Afriquevision.info : Une mission d’inspection du ministre de MATD devait entamer des visites dans les sièges des partis politiques depuis le 16 aout dernier. Est-ce que vous avez déjà reçu cette mission au PGPD ?

Bintou Touré : C’est vrai qu’on a reçu cette nouvelle comme tous les autres partis politiques. On n’a pas reçu des missions. Mais il faut quand même marteler que c’est une très bonne idée de vouloir faire respecter le contenu de la charte des partis politiques dans leur QG. Mais ce que je vais dire, il ne faut pas que la finalité si ce contrôle a lieu, la finalité soit la dissolution des partis ou le retrait des agréments. Parce qu’en Guinée, on n’a quand même pas eu les mêmes chances par rapport à la visibilité de nos différents partis politiques. Certains ont attendu d’être ministre de la République, d’autres directeurs, d’autres premiers ministres, certains ont dérobé l’argent du contribuable guinéen pour hisser haut leur parti. Certains sont allés en politique après plusieurs constats. Ils sont juste déjà engagés pour créer un parti politique. Et malheureusement en Guinée, on a développé le côté vénal et le côté violent de la politique. Le côté vénal veut dire côté argent. Donc à priori, dans la charte des partis politiques, ce n’est pas l’argent qui est mis en premier point. Ce n’est pas dit c’est quand vous avez de l’argent que le parti doit avoir une certaine visibilité. Donc je me dis que c’est une très bonne idée de vouloir faire respecter le contenu de la charte des partis politiques. Mais la finalité par rapport aux différents partis qui n’auraient peut-être pas pu respecter totalement le contenu en termes de siège, de visibilité, de représentation je crois que la finalité ne doit pas être une dissolution. Organiser les partis vient spontanément. C’est comme ça qu’il s’est passé avec les coalitions. De 194 partis on est venus à 22 coalitions. Aujourd’hui l’interlocuteur direct du CNRD et du MATD ce sont les 22 coalitions et non les 194 partis. Donc ça va s’organiser. Soit en termes d’idéologie parce que normalement dans les grands pays, les partis sont organisés en termes d’idéologie. Un parti qui se retrouverait son idéologie dans un grand système forcément va basculer dans le système là. Donc on n’a pas à imposer ça. La mise en place des coalitions n’a pas été imposée. C’est juste un discours qu’il nous a amené vers ça. Et je pari que si ça continue, si l’organisation continue au niveau de l’État les partis seront obligés de se retrouver dans les grands ensembles. Au deuxième tour pendant l’élection présidentielle, c’est ce qui se passe de facto. Vous voyez deux blocs. Malheureusement en Guinée c’est ethnicisé. Mais vous voyez deux blocs. Donc je crois que c’est une très bonne chose. Mais on n’a pas à faire pour saisir cette opportunité pour dissoudre des partis politiques ou pour retirer leur agrément.

Afriquevision.info : Bientôt un an depuis que le pouvoir condé a été renversé. Dans votre parti, comment voyez-vous la gestion de la transition ?

Bintou Touré : Je crois qu’on va attendre après le 5 septembre qu’on puisse se prononcer là-dessus. Mais ce que je peux dire en résumé, chaque régime à ses points forts et ses points faibles.  Le CNRD qu’on ne le dise où pas quand-même à deux points forts même si les points faibles dominent. Aujourd’hui, il faut marteler qu’il a quand même que le CNRD a pu amorcer une moralisation de la gestion de la chose publique. Aujourd’hui c’est devenu un réflexe pour tout le monde de faire attention même à la signature de certains montants ou des certains engagements. Ça c’est déjà fort. Parce qu’il y a eu des moments ici ou la corruption, la mauvaise gouvernance étaient devenues le fer de lance de la gestion. Le deuxième point, moi je ne doute pas de la volonté du président du CNRD de vouloir bien faire. Mais il y a assez de problèmes avec la manière, la forme. Le deuxième point fort, c’est le fait de créer la CRIEF. Vous savez, même si aujourd’hui elle est bancale, il faut le reconnaître, mais la CRIEF est un instrument dissuasif. Parce qu’en causerie interpersonnelle entre les gens, on comprend que les gens fassent attention aujourd’hui pour ne pas se retrouver à la CRIEF. Ça c’est important. Et la troisième chose, je le dis de façon pas numérique, mais de façon pêle-mêle, c’est le fait que le président de CNRD lui-même ait une écoute attentive par rapport à ce qui se dit même si on dit qu’il écoute beaucoup les réseaux sociaux, les médias. En tout cas, il a une écoute attentive. Et souvent ces réactions riment parfaitement avec ce qui se dit sur les réseaux sociaux ou dans les médias. Donc le fait qu’il écoute les médias et les réseaux sociaux, moi je trouve c’est un avantage parce que c’est le peuple qui s’exprime.  Alors il y a assez des points faibles. Surtout au niveau de la forme. La CRIEF risque d’être politisée. Elle est presque déjà aujourd’hui. Parce qu’on oublie quand même que ceux qui sont en prison ont géré la République à un moment donné. Les faits qu’on leur reproche peut-être même si au niveau de la CRIEF on est en train de dire que les montants c’est à partir de milliards. Mais il y a des gens qu’on a condamné qui n’ont pas des milliards. Le ministre Lounceny Camara est parti pour une question de 20 millions selon les dires. Est-ce que ce n’est pas un tribunal de droit commun qui devrait le juger. Aujourd’hui, on pense que la CRIEF est devenue un instrument politique. Ça c’est très dangereux. Parce que quand on se réfère au premier discours du président du CNRD, en disant que la justice sera la boussole ce n’est pas ce qu’on est en train de voir. Il y a beaucoup d’abus qui sont en train de se passer aujourd’hui. Il y a une insécurité , il faut le dire. Il y a des femmes, des jeunes filles qui sont violées. Il y a des abus qui se font pendant les manifestations. Quand ils disent que les manifestations sont interdites, je trouve que ce n’est pas normal. C’est consacré. Lui-même a consacré dans la charte de la transition. Et ça entretient la crise. On ne peut pas venir au pouvoir mettre à la retraite six mille et quelques fonctionnaires sans qu’il ait une crise.  Donc il y a beaucoup de points faibles qui méritent d’être corrigés. Surtout au niveau de la forme. Donc je le dis comme ça, on prépare une conférence de presse dans laquelle nous ferons un peu le bilan de pour et de contre du régime du CNRD. Mais ça ne nous empêche pas de nous dire quand même qu’il y a certains points forts.

Afriquevision.info : Certains anciens dignitaires sont en prison, d’autres se promènent librement. Il y a des leaders politiques pas des moindres en exil. Aujourd’hui, est-ce que la chasse n’est pas dans le viseur du CNRD surtout que parmi les recommandations des assises nationales, il y a la réduction du nombre des partis politiques ?

Bintou Touré : Réduire les partis politiques n’est pas une bonne approche. Se mettre en association est consacré par la constitution. Créer un parti politique est consacré par notre constitution. Et la Guinée n’évolue pas à vase clos. La Guinée est partie à des conventions. Elle a ratifié assez de traités. Donc réduire les partis politiques n’est pas une option. Il faut que l’État ait beaucoup de moyens, d’intelligence pour pouvoir organiser les partis politiques. Il faut utiliser le terme organiser les partis politiques. C’est de les amener à créer des grands ensembles. C’est de les améliorer à aller vers l’idéologie. C’est amener les partis à réfléchir et à choisir un ensemble dans lequel ils pourraient s’épanouir. Octroyé un agrément à un parti politique, l’État c’est la continuité. C’est pour cela je dis vouloir les amener à respecter le contenu, il ne faut pas tuer les initiatives. Vouloir amener les partis politiques à respecter les contenus de la charte des partis politiques est une très bonne chose. Mais finalité n’est doit pas être de les réduire ou de les retirer leurs agréments. Au contraire, les amener à s’organiser. Parce qu’on n’a pas eu les mêmes chances de visibilité. Aujourd’hui, ça doit rimer avec la moralisation de la vie publique, les gens qui ont créé des partis politiques sans leur propre effort, sans être ministre, directeur ou premier ministre, ce sont des gens qu’on devrait féliciter à mon avis. Mais pas ceux qui ont profité de l’argent du contribuable guinéen. Donc l’un dans l’autre, pour amener l’accalmie la paix et la quiétude sociale mieux vaut organiser les partis politiques que d’intimider pour dire qu’on va les dissoudre ou les réduire.

Afriquevision.info : 1 sur 10, quelle note pouvez-vous donner à cette junte ?

Bintou Touré : En termes de forme je donne 6 sur 10. Au fond, je ne doute pas de leur volonté de vouloir bien faire. Et des actes sont posés. Parce qu’il faut reconnaître qu’aujourd’hui le guinéen est réfractaire à la discipline et au changement. Donc le fond du combat est appréciable. La si on me pose la question à savoir quelle est la note que je donne, je donnerai une note de 8 sur 10.

Afriquevision.info : le président de la transition a instruit aux gardes des sceaux d’organiser le procès des massacres du 28 septembre avant d’ici la fin de l‘année 2022. Est-ce que vous y croyez et comment vous l’analysez ?

Bintou Touré : Ce procès-là, moi j’y crois fermement depuis les premières heures. Parce que ça n’a pas commencé par le CNRD. Certes, s’il a la volonté politique d’organiser ça, on pourra le faire. C’est juste une volonté politique qui manque. Parce que je sais que si ce procès-là se tient ça peut dénouer assez de choses. Ça peut nous ramener au pardon, à la paix, à la quiétude sociale. C’est un procès qui est très attendu. Et ça mettra la Guinée sous les projecteurs et il dénote tout le sérieux de la justice guinéenne. N’oubliez pas que la Guinée a ratifié, a signé la convention de Rome en 2000. Elle l’a ratifiée en 2003. Donc je crois que les chefs d’accusation des crimes du 28 septembre riment parfaitement avec le contenu de la convention de Rome.

Afriquevision.info : Est-ce que vous y croyez le retour de certains dignitaires notamment Moussa Dadis Camara. On parle également d’« Alpha Condé » ?

Bintou Touré : S’il y a quelqu’un qui a toujours réclamé qu’il veut rentrer en Guinée pour ce procès c’est bien Moussa Dadis Camara. Le président Alpha Condé dépendra de la volonté politique du président de la transition. Vous vous rappelez quand le président Alpha Condé est sorti pour la première fois, pour ses soins, il y a eu un contrat entre lui et la CEDEAO pour dire qu’Alpha Condé doit retourner. Et il est revenu. Donc tout dépend de la volonté politique du président de la transition. S’il a la volonté ferme d’organiser ce procès, il sera organisé dans les meilleurs délais. Déjà ce que j’apprécie, j’ai vu le ministre Charles Wright vouloir renforcer la capacité de certains magistrats pour que le procès puisse quand même être dirigé par des gens qui ont une certaine capacité, compétences. Donc ça, c’est déjà un très bon début. Et j’espère qu’ils iront jusqu’au bout pendant et après. Parce qu’on a connu des mamans qui sont jusqu’à présent qui ont le cœur meurtri, qui veulent vraiment avoir la vérité de ce qui s’est passé pendant le 28 septembre 2009. Il y a des familles qui attendent de faire le deuil. Il y a des familles qui n’ont pas vu le corps de leurs enfants, proche. En général quand on ne fait pas l’enterrement, on ne peut pas faire le deuil. Ce procès est attendu. Et j’espère pour toutes les victimes qu’il y aura un procès équitable et juste.

Afriquevision.info : L’organisation de la CAN divise le monde du football guinéen. Depuis quelques jours, on parle du retrait de la CAN 2025 en Guinée. Quelle est votre réaction en tant qu’ancienne présidente de la commission sport à l’assemblée nationale ?

Bintou Touré : Il faut attendre la bonne information dans la bouche de la présidente du CONOR. Moi je ne suis pas négative. Je suis très optimiste pour mon pays. Ça dépend juste de la volonté.  Il faut que les Guinéens sachent que quand on retire l’organisation de la CAN 2025 à la Guinée, c’est toute une nation qui sera meurtrie. Donc moi déjà je ne le suis pas et je ne le souhaite même pas. Je ne veux pas qu’on retire cette organisation à la Guinée. Parce qu’en terme des sports je ne vois pas ce que les autres pourront faire que la Guinée ne puisse pas faire. C’est pour cela je dis il faut attendre de la bouche de qui de droit notamment la présidente du CONOR, le ministre des sports et peut-être le président du CNRD pour qu’on nous dise s’ils nous ont retirés ou pas. Effectivement il y a une mission de la CAF ici qui est partie. On attend les conclusions. Donc c’est vrai que j’ai été présidente de la commission Jeunesse sports et culture, mais ça ne veut pas dire que j’ai les dernières conclusions de la réunion qui s’est tenue. Mais ce que je souhaite avec tout ce qui est entamé, il faut dire quand même que ce process a commencé pendant le régime Alpha Condé. Nous avons vu le ministre Bantama Sow parler de village CAN. Il avait assez d’ambitions par rapport à ça et c’est ce qui continue. Donc ça, il faut le reconnaître. Mais on ne le souhaite pas. Et Mamady  Doumbouya a quand même affiché par rapport à l’organisation de la CAN, comme une volonté ferme de le vouloir organiser dans les meilleurs délais. Donc nous attendons, malgré que ça ne dépend pas seulement de la GUINÉE. Nous attendons les conclusions ou le contenu de la mission qui est rentrée jeudi dernier. Mais je ne le souhaite pas de tout mon cœur. Je souhaite que la population guinéenne s’approprie de cette organisation. Je souhaite que le peuple de Guinée comprenne que si on retire cette CAN à la Guinée, comme le ministre l’a dit la fois dernière il dit ça va amorcer le développement en Guinée. Il ne reste que les infrastructures sportives. Donc ça, c’est déjà un atout pour la République de Guinée. Je ne souhaite pas vraiment qu’on nous retire cette CAN même si elle doit être partagée entre un autre pays et nous. Je souhaite que nous nous retirions de cette CAN.

Afriquevision.info : Votre mot de la fin ?

Bintou Touré : Mon mot de la fin c’est dire au président de la transition qu’il pense qu’il y a l’accalmie, mais non ! Il n’y a pas. Cette accalmie ne me rassure pas. Il faut qu’il comprenne que ce qu’il dit est ce qu’il pose comme acte ont une portée. Il faut qu’il ait un discours aujourd’hui à l’État actuel de choses qui puisse rassurer tous et chacun surtout les leaders politiques pour qu’ils viennent autour de la table. Il a dit pendant son discours lors de la remise du rapport des assises nationales. Il dit que la solution viendra des guinéens. Je crois que celui qui a la solution. Il a la solution avec un seul discours. Qu’il invite tous autour de la table. Qu’il trouve de façon intelligente les moyens pour que ceux qui sont en prison soient libérés sous condition. Parce que je ne leur fais pas de faveur. C’est bien aujourd’hui qu’on fasse une juridiction des comptes c’est tout à fait normal. Mais ça n’empêche à rien cette démarche. On peut être en train de dialoguer et chaque fois que la CRIEF aura besoin de quelqu’un mais il ira répondre à la CRIEF. Parce qu’il faut comprendre que c’est une bataille judiciaire. Quand quelqu’un est interpellé, il a besoin d’organiser sa défense. C’est un procès.

Ça prendra du temps surtout que tous les passeports sont confisqués. Ils ne peuvent pas sortir du pays. Mais ça ne dérange pas le travail de la justice. A chaque fois qu’on aura besoin de lui, il répondra. Ceux qui sont à l’extérieur du pays, qu’on ne le dise où pas ils pèsent beaucoup dans la politique guinéenne. Malgré que le cadre soit mis en place. Ils ne sont pas là, mais c’est un peu bancal. Donc il faut qu’on comprenne qu’ils ont leur mot à dire. Ils ont du poids dans la politique. Donc je lui suggère d’avoir un discours rassurant pour que chacun se retrouve autour de la table. Quand Alpha Condé a eu son troisième mandat que moi je n’ai pas apprécié que j’ai critiqué à fond, il y a un an certes, on était à l’Assemblée nationale sous le magistère de la constitution de 2010. Le troisième mandat est passé. Il y a eu l’accalmie pendant un an. Qui s’attendait au coût d’État ? Personne. On pensait que tout été au calme. Il faut qu’il comprenne qu’il y a une crise profonde. Il y a assez de frustrations. Même socialement. Donc moi j’attire son attention pour lui dire qu’il a la clé de ce dialogue. Qu’il a la solution pour la sortie de crise. On parle du FNDC. Le FNDC il faut le reconnaître ce qu’il a demandé comme exigence n’est pas difficile. C’est juste demander la durée et les membres du CNRD. Qui sont les membres du CNRD ? Jusqu’à présent, leur liste n’est pas déclinée. La durée de la transition, nous avons été un des premiers partis à condamner le coup d’État et à rester sur notre faim sur la durée de la transition. Son premier discours devrait être focus technique en nous donnant la durée de la transition et le contenu de la transition. Aujourd’hui ça nous rattrape tous. Parce que quand il y a eu le coup d’État, les gens se sont beaucoup plus focalisés sur le président Alpha Condé en oubliant la République. Aujourd’hui on veut revenir à la République. Alpha Condé qu’il y a eu coup d’État ou pas il serait passé, et la République reste. Donc je crois que pour que la République reste et qu’elle demeure, il est important aujourd’hui qu’il ait un discours rassurant et que tout le monde se retrouve autour de la table.

 

Interview réalisée par Amadou Tidiane Diallo

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