- A la une, Actualités, Politiques

Guinée : Il n’y aura pas d’institutions fortes sans un minimum d’éthique individuelle !

Chronique. La chute du régime Condé a exposé au grand jour le principe d’adaptation sur lequel certains individus et médias s’appuient pour s’accommoder de la dictature, mais aussi de la chute des dictateurs. Il y a des individus et des médias qui ont un rapport commercial, économique, aux principes de justice et d’égalité.

En effet, lorsque la répression s’abattait sur la population et que Alpha, Mouctar Diallo, Naité, Kassory, Damantang, Diané justifiaient le troisième mandat au prix de la mort ( Roger Bamba, etc.), il y a des représentants autoproclamés de la société civile, des religieux, des notables, et certains médias qui se sont accommodés en prenant acte de la situation ou en soutenant officiellement le régime.

Il y a des médias connus qui n’ont pas eu un seul mot pour les victimes de la répression, mais qui ont soutenu dans tes textes conservés dans nos mémoires Moustapha Naité, Kassory Fofana et à certains égards Damantang Camara. C’est leur droit, je l’avoue. Le problème est que la crédibilité de leur parole en matière de lutte contre l’impunité ou dans la promotion de l’idéal du changement mérite d’être questionnée. On ne peut pas avoir soutenu les alliés objectifs de la tyrannie et en même temps demander au Colonnel Doumbouya de lutter contre l’impunité. Il y a là une incohérence que traduit bien l’adaptation des principes au timing et un manque de fidélité aux principes que l’on veut défendre.

Cette incohérence est générale et affecte une grande partie de la classe politique et des acteurs sociaux. Pensons à ceux qui ont monnayé la lutte contre le troisième mandat au nom du réalisme (prendre acte de la victoire de Alpha Condé, nous disait-on ), et qui se sont rendus complices de l’instrumentalisation du processus judiciaire en allant rendre visite au prisonnier sous l’autorisation de Alpha, confirmant au passage le dévoiement du droit.

Quelle crédibilité ont les Mamadou Sylla et son équipe, un Dansa Kourouma et bien d’autres, aujourd’hui, dans la conception de la transition ? L’heure n’est pas au règlement de comptes. Je ne suis pas traversé par le ressentiment et la haine. Je veux simplement attirer l’attention sur un fait : l’effondrement des institutions en Guinée est imputable, en grande partie, au comportement des individus, à l’incroyable facilité avec laquelle certains individus et groupes renient les principes éthiques de base au profit d’amitiés et de vils privilèges.

Il faudra donc, pour refonder notre société sur un État de droit, que chacun interroge sa capacité à défendre et à respecter un minimum d’éthique individuelle.

 

Amadou Sadjo Barry

Professeur de philosophie

Cégep de St-Hyacinthe

Québec, Canada

 

About Afriquevision Afriquevision

Read All Posts By Afriquevision Afriquevision