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Construction d’une maison centrale à Yorokoguia : Le projet est-il en prison ?

Le ministre de la justice, Chèque Sacko, avait posé la première pierre de la nouvelle maison centrale de Yorokoguia, préfecture de Dubréka, en grande pompe le 29 avril 2015. La fin des travaux qui devraient être réalisés par la société espagnole CIERZO INVERSIONES S.A était prévue pour le mois de juillet 2016. A ce jour, les travaux n’ont presque pas démarré. Un petit détour dans le coin nous a laissé… rêveur. 
Sur le site, l’on voit rouge. Rien que de la terre rouge. Des trous partout. Des engins sont stationnés, sur lesquels des personnes sont assises tranquillement. Peut-être des futurs gardiens de prison. En tout cas, ils ressemblent à tout, sauf à des bâtisseurs. Un hangar en tôle a été construit, certainement pour abriter ces gardiens. Le constat est alarmant. Le 29 janvier, aucune brique n’était visible sur cette superficie de 39.834m2, encore moins un soubassement. « Depuis la pose de la première pierre, ils ont fait plusieurs mois avant de commencer les travaux. Au début, il y avait beaucoup d’engins sur le site, mais après, ils ont diminué. Je ne sais pas pourquoi ? Il parait qu’il n’y a pas de financement », hasarde un citoyen. Un autre ajoute: « Il n’y a pas longtemps que les travaux ont commencé, mais ils sont arrêtés il y a cinq jours, semble-t-il, manque d’argent ». En construisant cette « prison moderne de standard international », le gouvernement Grimpeur voulait mettre fin au calvaire des prisonniers guinéens. « Il faut que cela soit clair pour tout le monde. On ne met pas un groupe d’êtres humains en prison comme si c’est du bétail. On doit tenir compte de la personnalité de quelqu’un qui est en prison », avait déclaré le ministre Cheik Sacko lors de la pose de la première pierre.
A l’allure où vont les choses, les détenus de l’hôtel 5 étoiles de Coronthie et d’autres prisons du bled garderont encore longtemps ce statut de bétail que leur offre, si généreusement le système carcéral guinéen. Ce qui est sûr, l’hôtel 5 étoiles de Coronthie doit revenir à la société espagnole CIERZO qui va y construire un futur ex-super marché moderne dès la réception de la future Maison centrale de Yorokoguia. Sur la base d’un contrat à bail emphytéotique de 75 ans. Dans ce contrat bien ficelé, il est mentionné que le bailleur n’a pas de possibilité d’envisager le perpétuel rachat, la résiliation, ou la renégociation des clauses avant au moins 35 ans.
L’on se souvient que le mois d’avril 2015 a marqué le début des travaux. A cinq mois de la fin de ceux-ci, le site n’est que poussière. Alors que chaque partie s’était engagée à tout mettre en œuvre pour la réalisation correcte des travaux et le respect des délais. L’on aura même mobilisé des esprits fins pour organiser une petite mutinerie à la maison centrale de Coronthie pour montrer les urgences. Le maitre d’ouvrage devrait mener toutes les démarches techniques auprès du département de la Ville et de l’aménagement du territoire pour mettre à la disposition du promoteur tous les documents nécessaires à la mise en œuvre de la convention. Le promoteur, pour sa part, s’engage à établir un montage financier et juridique du projet dans les durées contractuelles. Sous-traiter 30% des réalisations du projet aux petites et moyennes entreprises locales. Qui de l’Etat ou du promoteur n’a pas respecté les clauses du contrat ?

Le ministre des d’Etat de la Justice et la société espagnole CIERZO INVERSIONES S.A, se sont engagé dans une convention de partenariat public-privé pour construire le centre pénitentiaire « moderne » à Yorokoguia. La société espagnole en tant que promoteur du projet, devrait mobiliser 98, 68% des financements pour faire les études et réaliser les travaux de construction de cette prison d’une capacité d’accueil de 1500 détenus. L’Etat contribue à hauteur de 1,32% pour financer le contrôle et la supervision des travaux. Il est représenté par le ministère de la Justice comme maitre d’ouvrage. Le coût total du projet est estimé à 217 milliards 820 millions 074 mille 600 francs glissants. La condition pour le démarrage des travaux est que le maitre d’ouvrage confère au promoteur le droit d’accès sur le site devant abriter la prison, ensuite mobiliser les 1, 32% du coût total de l’ouvrage.
L’Etat guinéen bombe le torse et proclame avoir payé tout ce qui lui incombe. Huit mois après le lancement des travaux, le ministère de la justice a envoyé un ingénieur pour constater l’état d’avancement des travaux. Il ressort que la cause du retard n’est pas si compliquée que cela. On accuse les matériels d’excavation pour le terrassement d’avoir mal choisis. On en veut également à la technologie d’exécution des travaux pour avoir totalement raté son objectif. Quant au plan et au journal des travaux, ils brillent par leur absence.
Pire, la direction technique de CIERZO S.A n’a même pas fourni au maitre d’ouvrage les rapports du chantier, pour rendre compte des difficultés rencontrées ; les contrats de sous-traitance n’ont pas été soumis au maitre d’ouvrage pour avis ; l’ingénierie n’a pas non plus produit les devis détaillés et les cahiers de charge des constructions à réaliser. L’ingénieur conseil a eu même le toupet de dresser les plans corrigés des infrastructures à réaliser ; et de s’attaquer aux conditions de gestion technique des chantiers. D’ailleurs, l’ingénierie du ministère de la justice a déjà conçu des plans avec l’aide d’un bureau d’études guinéens qui pourront être remis au ministre et au comité de suivi.
Il semble que le ministre de la justice, Cheick Sako a écrit aux sieurs CERZIO pour rappeler leur engagement à construire la maison centrale de Yorokoguia « Je vous rappelle que plus d’un an après la signature de la convention rien n’est encore obtenu de vous, à savoir ; les études techniques : vous avez fourni des esquisses de plans identiques à échelles inexactes pour les 8 sites ; le financement des études suivi et contrôle pour le montant de 97 195 188 600 fg, seul l’Etat Guinéen a mis à disposition sa contrepartie. Pour nous permettre de tenir compte de vos doléances, il vous est demandé de toute urgence de vous acquitter de vos obligations conventionnelles.
Si vous avez besoin de rassurer vos bailleurs de fonds, à notre tour nous devons rassurer l’Etat et les populations de Guinée ». On appelle ça être pris au sandwich. D’ailleurs des petits malins commencent à murmurer des choses graves à l’égard de la société espagnole. Que l’on est en droit de soupçonner d’être à sec. Si des murmures en provenance de la Banque centrale s’avèrent exacts, nos amis espagnols auraient demandé une petite lettre de crédit de quelques 300 petits milliards de francs glissants. En termes claires, la Guinée fait appel à cette société et lui fournit le financement pour réaliser les travaux. En contrepartie, la Guinée lui cède toute la partie de « la sureté actuelle » et ses dépendances pour une petite période de 75 ans. CERZIO va y implanter ce que bon lui semblera. Pour exploiter comme bon lui semblera. Pour trois quarts de siècle. Dans un partenariat fécond du calvaire et du cheval. Même toto a envie de plonger son nez dans ce business là pour voir ce qui s’y trame réellement. Pauvre de nous…………
Affaire à suivre
Damas pour afriquevision.info
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