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Assainissement de la ville de Conakry. Et si les autorités changeaient de stratégie

TRIBUNE. Etant donné que nous avons pris l’habitude de réhabiliter des pratiques qui n’ont produit que des échecs manifestes de par le passé (blocage de la circulation avec pour conséquences la paralysie voire l’arrêt momentané de l’activité économique etc.), allons tout droit vers la véracité principale dont prolifèrent tous ceux qui nous précédés. Le but de cette analyse n’est pas de ressasser les nombreux échecs du gouvernorat de la ville de Conakry dans sa lutte contre ce phénomène, mais d’éclairer la lanterne de l’opinion publique et les décideurs politiques sur les véritables enjeux des réformes à entreprendre dans ce secteur.

Dans les conditions normales, la gestion des ordures de toute nature, est l’un des postes le plus coûteux dans les budgets des autorités communales dont la vocation est de veiller au bien-être de la ville et de ses habitants. Le service en charge de cette gestion dans les différentes communes de la capitale Conakry, souffre à notre humble avis d’un certain nombre de difficultés dont entre autres : la faiblesse du financement ainsi que l’absence d’une stratégie nationale axée sur la gestion des ordures ne serait-ce qu’en milieu urbain etc. A cela s’ajoute la faible participation des populations à la salubrité (dû parfois à un manque de sensibilisation sur les conséquences de l’insalubrité sur le plan sanitaire). C’est pourquoi, nous pensons que la gestion des ordures dans la ville de Conakry est aujourd’hui catastrophique.

Et pourtant, les sources des ordures et déchets que nous rencontrons en longueur de journée dans les rues de notre capitale proviennent essentiellement des ménages, des lieux publics (marchés, hôpitaux, écoles, …), des démolitions/constructions des bâtiments, des industries etc. Cette analyse succincte, ne touchera malheureusement le traitement des ordures (recyclage, le compostage et l’incinération) pour ne pas abuser du temps du lecteur. De même, le mode de transport des ordures sera touché brièvement dans les solutions proposées.

Par ailleurs, peu de statistiques sont disponibles sur le volume des ordures et déchets produits dans la capitale Conakry. En notre qualité de profane en la matière (non spécialiste du sujet), nous pensons que la résolution d’une telle problématique devrait passer par l’implication des universitaires via des grands travaux d’enquêtes qui, à notre sens permettront ainsi de contribuer à la quantification de ce phénomène et par extension à sa résolution une fois pour toute.

Malgré que notre communauté académique renferme d’excellents talents sous exploités, bon nombre d’entre eux, n’osent pas proférer des critiques à l’encontre des autorités publiques par crainte de perte d’emploi et/ ou des représailles. Et pourtant, l’un des rôles de l’universitaire consiste à aider le politique à prendre les bonnes décisions sans risque de se tromper.

En attendant le retour à la normale, nous pensons que les autorités administratives devraient : i) sensibiliser davantage les populations sur les enjeux de l’insalubrité : cette situation explique en grande partie la faible participation des populations à la salubrité du fait d’un incivisme (sur le plan écologique) qui ne dit pas son nom. Bon nombre des ménages guinéens passent tout leur temps à jeter les ordures dans les caniveaux, les routes et même sous les ponts au vu et su de tout le monde. Pour accroître le niveau du civisme de certains guinéens sur ce phénomène, les campagnes de sensibilisation, les formations des citoyens sur la gestion des ordures, ainsi que les spots publicitaires allant dans ce sens doivent être multipliés. ii) revoir la fréquence de collecte : le choix d’une période de collecte est primordial pour la réussite de cette activité. Toutefois, nous pensons que cette opération doit se tenir quotidiennement car, le volume de déchets pourrait augmenter d’un mois à l’autre. De plus, cette opération peut se dérouler pendant la nuit plus précisément de 23h à 5h du matin car, elle empêche le déroulement normal des activités quotidiennes entre 8h et 12h et multiplient les embouteillages. iii) continuer à définir des points de collecte : de par le passé les point de collecte ont été identifiés. Toutefois, il convient de souligner que le choix de ces endroits doit obéir impérativement aux normes environnementales. Les autorités publiques doivent ainsi poursuivre l’installation des poubelles publiques aux coins des rues des endroits ciblés (accessibles aux collectionneurs d’ordures). iv) réfléchir sur la possibilité de mettre en place un système de collecte par bloc : nombreux sont les pays du monde qui utilisent cette approche malgré qu’elle demande beaucoup de moyens financiers et une organisation infaillible. Elle consiste en la circulation des camions de transport d’ordures selon un itinéraire bien défini et connu des populations. Une fois que ces camions de collecte de déchets arrivent au lieu indiqué, des signaux d’alertes sont émis à l’endroit des populations. En entendant ces signaux, les ménages sortent avec leurs ordures déjà préparées, pour les mettre à disposition des collecteurs. Contrairement au système précédent, ce dernier n’admet pas de poubelles publiques le long des routes. v) penser à la privatisation de ce secteur : la gestion des ordures en République de Guinée exige d’énormes défis à relever par nos autorités publiques. En plus des moyens financiers, elle implique aussi des moyens techniques à mettre en œuvre mais aussi et surtout des politiques cohérentes et d’un management très efficace. Etant donné notre connaissance d’efficacité et de perspicacité des autorités publiques notamment sur les points mentionnés, nous pensons à notre for intérieur que ce secteur mérite d’être privatisé. Cette idée relance le débat sur la sous-traitance via des appels d’offres dans le respect du cadre légal et réglementaire des passations des marchés publics pour la sélection des entreprises soumissionnaires. vi) fiscaliser le secteur : dans la plupart des pays du monde, l’enlèvement des ordures est soumis à un régime fiscal progressif en fonction de la production desdites ordures. Cette mesure devrait permettre aux municipalités de lever les ressources utiles à la salubrité de leurs communes mais aussi et surtout de financer les campagnes de sensibilisation, des formations et des spots publicitaires. Ceci ne serait possible que si l’on parvient à mettre fin aux détournements répétitifs et non sanctionnés des deniers publiques sans quoi, les populations se sentiront encore une fois d’avoir été des victimes comme à l’accoutumée.

En somme, la gestion des ordures et déchets en République de Guinée doit être assurer par un effort conjoint des de l’Etat via ses collectivités locales décentralisés et déconcentrés, les ménages et les entreprises productrices ainsi que celle impliquées dans la collecte, le transport et traitement des ordures. Pour y parvenir un cadre réglementaire, interactif, incitatif et pour résumer le tout performant (somme d’efficacité et d’efficience) doit être mis en place en vue d’une synergie d’actions dans ce secteur laissé à lui-même. Pourtant, à observer ce secteur, on se rend bien compte qu’il pourrait être utilisé comme l’une des alternatives au chômage des jeunes (instruits et non instruits). Il serait donc d’une grave erreur que de sous-estimer son potentiel et de laisser ce secteur pour compte…

 

Safayiou DIALLO

 

Citoyen guinéen

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