Pourquoi Emmanuel Macron doit dire stop à Alpha Condé (Tribune)

Alors que le président guinéen est l’invité de son homologue français pour participer ce jeudi aux célébrations des 75 ans du débarquement de Provence, à Saint-Raphaël dans le sud de la France, l’ancien ministre guinéen Abdourahmane Sano interpelle Emmanuel Macron sur le débat sur la révision constitutionnelle en Guinée. Avec, en toile de fond, l’éventualité d’une candidature d’Alpha Condé à un troisième mandat.

Ce jeudi 15 août, à l’occasion de la commémoration du débarquement en Provence, le président français recevra Alpha Condé, président de la République de Guinée depuis 2010. À 81 ans, il souhaite changer la Constitution afin de rempiler pour un nouveau mandat, alors que la Constitution guinéenne lui interdit de se présenter à la prochaine élection présidentielle de 2020.

En quête de soutiens internationaux, nul  doute qu’il profitera de sa venue en France pour tenter de convaincre Emmanuel Macron du bien-fondé de son changement constitutionnel et de son maintien au pouvoir. Dans l’intérêt de la Guinée et celui de la France, et pour la stabilité de la sous-région ouest africaine, Macron doit s’y opposer.

Éléments de langage

Les chefs d’États de la RDC, du Burkina Faso et, récemment, du Soudan ont mené leurs pays à des crises dans leurs tentatives de changer leur Constitution aux seules fins de se maintenir au pouvoir. Ces tentatives sont accompagnées par des manœuvres visant à anéantir tout débat démocratique et à éliminer – financièrement, juridiquement ou physiquement – toute forme de contestation. Mo Ibrahim, le milliardaire philanthrope qui combat les dictatures à travers sa fondation éponyme avait qualifié de « coups d’États constitutionnels » ces manœuvres.

En Guinée, le deuxième et dernier mandat constitutionnel d’Alpha Condé arrive à son terme en 2020. Mais ce dernier ne semble pas vouloir quitter le pouvoir, et compte s’appuyer sur une nouvelle Constitution, préparée et annoncée à maintes reprises.

C’est dans cette perspective que, le 19 juin dernier, le ministre guinéen des Affaires étrangères a envoyé un courrier à l’ensemble des représentations diplomatiques. Il y présentait aux ambassadeurs les « éléments de langage » pour défendre ce projet. Une action diplomatique qui cache mal les contradictions d’Alpha Condé, qui n’a cessé, ces dernières années, de critiquer les ingérences occidentales, en particulier françaises, dans la politique de son pays.

L’intérêt de la Guinée, et de la France

Juridiquement, rien ne justifie ce changement. L’article qui délimite le nombre de mandats est « verrouillé » et ne peut donc faire l’objet d’aucune modification. Parmi les éléments de langages, le gouvernement met en avant le droit du peuple de changer de Constitution. C’est un droit inaliénable, oui, mais à condition que le mobile du changement ne soit pas pour maintenir un président à vie.

Il n’existe aujourd’hui aucun besoin d’adaptation de la Constitution à l’évolution politique ou au changement de l’ordre social. C’est pourquoi ce sont plutôt des manifestations hostiles à un changement constitutionnel qui se multiplient ces derniers mois à Conakry et dans tout le pays.

C’EST LA STABILITÉ DU PAYS, ET MÊME D’UNE RÉGION DÉJÀ EN PROIE À LA VIOLENCE ET AU TERRORISME, QUI EST EN JEU.

Par Abdourahamane Sano

Ancien ministre guinéen, président de la Plateforme nationale des citoyens pour le développement (Pecud) et membre fondateur du Front national de défense de la Constitution.