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Petits chefs à la manœuvre, Grandes cuisines politiques à la guinéenne !

Par les temps qui courent, il arrive à plus d’un Guinéen de s’oublier parfois dans un profond sommeil et tout d’un coup, comme en un rêve, il se ravive sous l’effet subite d’un événement à première vue anodin. Peu importe l’ampleur de cet événement, mais le plus important est de garder à l’esprit que son enracinement dans les entrailles du champ politique lui confère la propriété de délivrer de riches enseignements sur ce qui se trame dans les coulisses de la cour de notre Cité. Partant, tout événement susceptible de troubler notre vie quotidienne acquiert ainsi un sens aiguisé, car pour une meilleure compréhension des tribulations qui animent l’espace public en Guinée, tout homme d’esprit doit rester constamment lucide. Seul cet éveil de la conscience citoyenne permet de savourer les bouillabaisses politiques gracieusement servies dans les assiettes des Guinéens.

Mesdames, Messieurs, réfléchissons un peu en nous pliant à un petit exercice de mémoire. En quoi consiste-t-il ? Il vous souviendra que suite à la bavure politique qui a coûté la vie à Madame Boiro, il était indispensable d’effacer rapidement la tâche indélébile qui a plongé la Guinée dans une marre de sang. C’est dans ce sillage que Monsieur Boiro, cadre universitaire très intègre, mord à l’appât du pouvoir en se laissant séduire par le mirage d’un poste ministériel éphémère. Le tour est bien joué et tant pis pour la morale !

Deuxième acte : Cible idéale d’accusation d’un complot ourdi contre le domicile du chef de l’Etat, le VP d’un Parti politique de la place, informé à temps par quelques oreilles indiscrètes, a eu le temps de prendre la poudre d’escampette pour ne pas allonger la liste des victimes du goulag guinéen. Refugié en France, il s’est laissé banalement convaincre, quelques années plus tard, par un petit trublion de la politique guinéenne. En rejoignant la Guinée, il a apporté au pouvoir une caution de main tendue à l’opposition et, dans la foulée, notre Professeur-président-bien aimé en exercice s’est refait une beauté en vue d’assurer la présidence de l’Union Africaine.

Mesdames, Messieurs, après ces deux petites leçons de choses, qui ont mis notre mémoire en éveil sur quelques événements survenus dans le passé, il est temps de focaliser l’attention sur ce qui se joue sur la scène politique guinéenne dans le présent. Après le forcing du fameux Référendum autorisant le troisième mandat, s’ensuit une campagne présidentielle calamiteuse portant au pouvoir pour six ans notre président-bien aimé. Toutefois, chaque chose entraîne toujours au moins une conséquence heureuse ou malheureuse. Bilan : le parti au pouvoir reste au pouvoir, mais les violences politiques perpétrées tous azimuts n’ont laissé indifférente ni l’opinion nationale ni l’opinion internationale.  L’emprisonnement de voix discordantes, les multiples victimes exercées sur les civiles avec leurs lots de morts ont plongé la Guinée dans l’état-nature. Isolé à juste titre, le pouvoir est dans l’impasse totale.

Mesdames, Messieurs, dans cette situation sociale très tendue, se pose alors la question suivante : comment sortir de cette crise ? Les anciennes recettes de petits chefs de cuisine sont alors à l’œuvre car elles sont assaisonnées à base de quelques ingrédients de sorcellerie de vieilles grands-mères. C’est ainsi que des prisonniers politiques auparavant isolés du monde peuvent surfer sur internet et twitter à loisir pour exiger de leur Parti l’ouverture de négociations en vue de leur libération. Parallèlement, d’autres responsables du Parti en liberté s’égosillent dans le vide. Dans une autre scène de ce théâtre politique guinéen, de pauvres malheureux, accusés de complicité d’assassinats, sont banalement accueillis par des personnalités de haut rang à l’aéroport de Conakry au son de tambours battant, de clarinettes et de trompettes. Comme en un rêve, les coqs chantent, les poules caquètent, les chiens aboient, les chats miaulent ! Pataugeant dans les montagnes d’ordures et préoccupés par la misère sociale qui sévit de plein fouet, les Guinéens vaquent à leurs affaires dans le silence de leur âme. Dans l’attente du Saint-Sauveur, ils s’enduisent par instinct de survie du menthelatum et de l’eau chaude pour survivre du Covid-19 ; méditant stoïquement, obscurs témoins, pourquoi un tel tintamarre assourdit leurs oreilles !

 

Pour Guinée Désir D’avenir

Alpa Ousmane Barry

 Professeur des Universités en France

 

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