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Oyé Guilavogui, ministre guinéen de l’Environnement : « Nous voulons que les sociétés minières nous donnent l’argent pour qu’on fasse la restauration des zones exploitées »

Dans cette  interview accordée à notre rédaction, le ministre guinéen de l’Environnement des Eaux et Forêts, Oyé Guilavogui  s’exprime sur les enjeux du climat dans son pays, en Afrique, la COP26  et dénonce l’inertie des grands pollueurs du monde face à la dégradation poussée de la planète. Lisez la dernière partie de l’entretien…. 

 Mais il y a des normes, des mesures qui peuvent être prises. Est-ce que vous allez faire une communication auprès du gouvernement pour que cela soit soutenu ?

Non, c’est pour inverser un peu leur rôle. Parce que déjà depuis plusieurs années, ils font des inscriptions budgétaires dans leur programme d’extraction qui ne sont pas exécutées sur le terrain. Donc finalement nous voudrons que ce soit le ministère de l’Environnement qui s’investisse sur la restauration de ces sols. Est que ce soient eux les miniers qui donnent l’argent et contrôlent.

Dans son discours d’adresse à la nation le 30 janvier dernier, le chef de l’État avait annoncé plusieurs réformes surtout sur le plan environnemental. Entre autres, « le lancement de programme de reboisement; la planification au niveau national de ramassage de déchets recyclables; la mise en place d’unité de production d’énergie propre dans les prochains jours, afin que les quatre propriétés définies soient réalisées rapidement, j’envisage de mettre en place une équipe restreinte hautement qualifiée et pluridisciplinaire. Elle sera chargée de coordonnée et impulser toutes les réformes annoncées ». Où en sommes-nous avec ces réformes et comment comptez-vous les mettre en œuvre avec l’assurance de les réaliser ?

Vous savez chaque année on cherche à adopter de politique pour vite intervenir sur le terrain. C’est l’idée du chef de l’État que nous soutenons et nous cherchons à la mettre en œuvre. Mais il faut reconnaître que ce n’est pas facile. C’est vrai que nos populations sont habituées à des choses, mais il faut le dire, nous sommes responsables de ce qui se passe sur le terrain. Et le chef de l’État étant conscient de ce fait est obligé de s’adapter à tout moment, trouver des solutions je ne dirais pas hasardeuses, mais pour finalement protéger notre nature. Et l’environnement aujourd’hui est placé dans une préoccupation mondiale. On le sait faut-il que les États en prennent compte. Mais dans la mesure des choses, il faut se mettre dans la logique actuelle de l’intervention de l’État. Mais encore une fois la politique actuelle du chef de l’État c’est de se mettre dans la logique de sauvegarde de notre nature. Et c’est une lutte qui est déclenchée par tout dans le monde. Peut-être l’unité qu’il va mettre en place au niveau de la présidence va travailler directement avec l’Environnement. Il ne saurait avoir deux politiques dans un même pays. Mais il faut retenir que les vieilles habitudes se sont installées chez nous. Les gens ont la facilité en s’attaquant à nos brousses. Le bois chez nous on le rencontre partout. Pour votre information, nous sommes à 3 millions et quelque d’hectares de forêts. L’amant est là, à la portée de tout le monde. Toute la création de service de gardes forestiers guinéens qui n’existait pas avant, tout ça par l’initiative du chef de l’État en arrivant en 2011 a prouvé que la seule façon de lancer cette bataille pour la sauvegarde de la nature, il faut mettre les soldats de la nature en place. Et ça c’est une initiative depuis 2011. Et cette année vous vous rendez compte qu’avec sa nouvelle politique encore qu’il accorde beaucoup plus de place dans la sauvegarde de notre nature que d’autres choses. D’où l’intérêt de créer un service au niveau de la présidence pour pouvoir suivre les actions que mène l’État. Donc il ne saurait avoir sabotage entre les interventions sur le terrain. Ça peut être la même politique. Et nous sommes prêts à l’accompagner. Donc le département Environnement travaillera directement avec cette unité technique qui sera installée au niveau de la présidence

Il n’y a pas longtemps, les gardes forestiers étaient dans les rues pour protester contre le non-respect des engagements du gouvernement. Dites-nous comment le problème a été réglé?

Il faut reconnaître que ce sont des revendications. Depuis très longtemps, ils n’ont pas bénéficié d’avancement en grade. Ils ont suivi des formations dans les centres, normalement ça devrait suivre. Mais cela ça n’a pas été. Et que cette année les autres corps ont bénéficié, parlant de l’armée, la police, la gendarmerie, tous les autres corps paramilitaires ont bénéficié des grades. Mais eux ils se disent qu’est-ce que nous devenons ? Mais très malheureusement par manque d’information il n’y a pas eu de transparence. Sinon nous on était conscients à la demande de l’État. On avait introduit le projet de décret d’avancement en grade au niveau du chef de l’État. Donc pour des grades supérieurs, Colonel, lieutenant-colonel etc… Maintenant tous les grades qui sont en dessous de capitaine par exemple lieutenant sont sous la discrétion du ministre de l’Environnement. Donc les grades supérieurs c’est par décret. Donc le décret a été introduit et qui n’a pas été signé. Et c’est ce qu’ils ne savaient pas. Ça a été l’une des revendications. Et nous attendons incessamment la signature de ce décret pour que moi je me permette de faire des avancements en grade par arrêté. Et deuxièmement, ils ont parlé de problème de ravitaillement. C’est vrai, ils vivent dans des conditions extrêmement difficiles dans nos forêts. Depuis mon arrivée, je me suis lancé dans cette bataille pour avoir une inscription budgétaire pour le financement de ces denrées, ce qui fut obtenu. Cette année, ils bénéficieront de ces ravitaillements. Et autres choses, ils ont dû mal à comprendre mon intervention lors de la sortie de la dernière promotion qui a bénéficié d’une formation auprès de la gendarmerie environnementale. Ils ont compris que désormais c’est la gendarmerie qui va faire leur travail, ça c’était une très mauvaise compréhension. Finalement ils se sont rendu compte qu’ils ont été trompés. Ils se sont transportés dans nos locaux ici pour présenter des excuses. Donc les choses se passent dans les normes. Nous avons quand même l’obligation de les accompagner et de les mettre dans des conditions optimales pour pouvoir sauver nos forêts.

Les Guinéens vont tous les jours au champ. Dans la situation actuelle et dans la période de la transition écologique que nous sommes tous appelés à transcender, on doit avoir des grands chantiers sur la façon de soutenir les jeunes à la terre afin de respecter la nature.  Est-ce que nous pouvons dire un sujet comme celui-là,  le ministre de l’environnement a une politique dans ce sens en collaboration avec  celui de l’agriculture et de l’énergie

Je ne saurais vous dire exactement le chantier et les ambitions du ministère de l’agriculture ou de l’énergie. Ce que je retiens, chaque ministère a son problème et politique d’intervention. Mais il faut retenir  du fait que  le ministère de l’environnement est transversal, il  a une commission nationale  qui est installé et c’est cette commission qui est chargée de voir les obligations et les autres interventions.  C’est très difficile de dire qu’il faut avoir une politique commune. C’est extrêmement difficile étant donné que 80% de nos populations sont rurales, elles vivent en brousse. Et la première culture, c’est l’agriculture, c’est le champ. Donc, la politique de façon générale de ce côté, c’est de les habituer de se débarrasser de l’agression de nos forêts pour pouvoir cultiver. Nous sommes accordés à dire qu’il faut absolument intensifier l’aménagement des baffons. Ce qui pourrait fixer les agriculteurs sur place. Donc, ça facilite leur agression et leur avancés dans la forêt, mais encore une fois, c’est quand ils sont fixés. Et il est évident que la forêt sera complétement protégée. Du côté de l’énergie, ce n’est pas l’ensemble du territoire. Il y a des sites énergétiques qui sont déjà identifiés et notre problème, il faut protéger ces sites, ces sources d’eaux. Pour le faire, il faut donc engager des vastes programmes de reboisements autour de ses bergers pour pouvoir protéger l’eau. Donc, c’est une politique extrêmement difficile. C’est nous qui assurons la voie de transmission entre les zones, du fait que nous sommes transversales. Donc, c’est nous qui devons-nous adapter, chaque fois qu’il y a un projet au niveau de l’agriculture. Tous les programmes qui sont initiés dans ses différents secteurs d’intervention sur le terrain sont bien suivis par le ministère de l’environnement.

Est-ce que vous avez un message pour la COP26 qui aura lieu à Glasgow au mois de novembre ?

Nous dirigeons cette année le groupe de 77 plus la Chine. Il est évident que nous aurons une position déterminée compte tenu de cette COP26 à Glasgow en Angleterre. Donc, nous sommes conscients de cela. La Guinée s’est classée dans cette position privilégiée et a pris la décision en mettant sur place des institutions nationales qui pourrait faciliter l’intervention de la Guinée dans l’organisation de cette conférence des parties à Glasgow. Et nous avons mis des autorités en place. Premièrement, une autorité nationale désignée en matière de mécanismes pour le moment, pour s’appuyer sur un développement durable. Et également, nous avons mis sur une autorité nationale désignée dans le cadre des fonds d’adaptation. Et une autre autorité nationale pour les fonds climat et des points focaux pour l’adaptation, l’atténuation et la résilience. Donc, c’est pour vous dire que nous avons déjà pris des décisions pour intervenir efficacement dans l’organisation de cette COP26 à Glasgow. C’est vrai, on fera entendre notre voix, encore une fois comprenez bien que ces cris d’alarme ne viennent pas de la Guinée seulement. Tous les États qui se mettent dans cette opposition cris. Et finalement, il n’y a pas de résultats probants pour pouvoir avancé les choses. C’est ce qui fait que les Etats dans leur contribution nationale déterminée sont obligés d’intervenir régulièrement en est comptant pas expressément sur la communauté internationale. Pour l’heure, nous sommes dans cette position. Nous serons suffisamment représentés au niveau de cette organisation. Et nous estimons qu’avec la création sur le plan institutionnel de ses institutions la Guinée pourrait faire quelques choses. Nous avons fait beaucoup d’étude déjà sur place. Et nous estimons encore une fois que la contribution  de la Guinée sera très grande.

Est-ce qu’il y a des tentatives de travail en amont avec les pays africains pour parler d’une même voix ? Ou bien chaque pays cris par rapport à sa situation?

C’est vrai que, nous avons créés sous le leadership du roi du Maroc Mohamed VI, il a cherché à ce que l’Afrique parle d’une même voix pour intervenir dans cette préservation de la nature. Il a donc demandé à ce que la zone Afrique de l’Ouest et Centrale soient dirigée en trois grandes zones. C’est une instance ou les africains se retrouvent dans cette partie sous régionale. Donc, on a créé trois zones essentielles: il y a la zone Sahel dont la Guinée fait partie, la zone du bassin du Niger et qui est dirigée par le Niger en suite la Zone du grand bassin qui est dirigée par le président congolais Dinis Sassoun Guesso et la Zone des îles qui est dirigée par le Malgache. Donc, c’est pour vous dire qu’il y a effectivement un terrain d’intervention, ça c’est à la demande du Roi du Maroc. Ce qui faciliterait d’avoir le même point de vue qui faciliterait la mobilisation des ressources auprès des bailleurs des fonds pour pouvoir respecté les différents engagements des États de la sous-région. Donc, il y a bien la chance où les africains se retrouvent  pour parler de la même voix.

En Guinée, il y a eu un très long moment avant la mise en place d’un cadre de concertation, réfléchir comment utiliser, mettre en œuvre tous les mécanismes. Il se trouve que d’autres États sont en avance. Est-ce que vous pensez aujourd’hui que les Etats pourraient jouer collectivement même en amont de décision mise en place dans le cadre de ses grandes messes internationales?

Cette question environnementale n’était tellement pas prise en compte par l’État guinéen. Nous sommes venus un peu plus en retard que les autres Etats. Donc, ça, il faut le reconnaître. C’est seulement à l’arrivée du président Alpha Condé que la question environnementale a été classé sur orbite. Quand, je prends le cas du Congo, du Niger, du Gabon par exemple, ils sont très avancés. Alors je ne dirai pas que nous avons pris le train en marche, mais comprenez qu’il y a bien des disparités entre les différentes politiques d’intervention de ses différents États. Mais encore une fois, c’est seulement après la COP21 de Paris, et puisque chaque africain passait d’une intervention à une autre, chacun avait sa politique, et c’est pour ça donc le Roi a décidé que nous ayons le même point de vue pour intervenir. Ce qui donnerait la force à nos États de pouvoir mobilisé des fonds. Sinon chaque État a sa politique, chaque État vient avec sa politique et tente de mettre sa politique en œuvre. Mais nous avons eu du mal, il faut reconnaître, nous ne parlons pas de même langage. Ce qui ne nous faciliterait pas la mobilisation des ressources. Et j’avoue depuis que nous sommes mis ensemble est que nous parlons de la même voix, nous avons quelque peu des accès à ses fonds étrangers, il faut le reconnaître. Nous, (Guinée) par exemple, il y a des petits projets qui sont financés par le fond mondial de l’environnement. Et tout ça, ce sont des projets qui sont appuyés par ce regroupement d’État qui parle le même langage. Par exemple, le Congo et comment cette organisation peut appuyer pour la réalisation du projet qui finit ici? Et quand, c’est le cas guinéen, tous les autres Etats qui sont dans la zone s’investissent pour que le projet qui est initié par la Guinée trouve un financement à l’extérieur.  Donc voyez-vous, c’est un peu difficile. Mais, il faut retenir que pour l’heure tous ses États dans cette zone de l’Afrique qui sont divisés en trois grandes zones parlent le même langage. Pour le moment nous pensons que c’est la voie la plus viable pour pouvoir mobilisé des ressources et de financer leur projet que nous unissons.

Dans un élan d’agenda, est-ce que vous pensez que la Guinée pourrait être présente en septembre prochain au congrès mondial d’UICN (Union Internationale de conversation de la nature) qui se tiendra à Marseille. Outre, votre département est concerné de tels espaces, si oui avec quelle contribution?

La Guinée sera bien présente en septembre à Marseille. La raison bien simple que, pour la petite histoire la Guinée est sous sanction. Ce qui est de la préservation des espaces rares en Guinée. La Guinée est suspendue depuis sept ans par la CTS (Institution internationale pour la protection des espaces rares) en Guinée. Donc la Guinée a été indexée par cette institution, parce qu’on a retrouvé le permis avec un groupe de Nigérians qui commercialisait les IVOA des espaces rares qui ont été saisi en dehors de la Guinée. Malheureusement, le passeport qu’il détenait, était Nigérian, et le permis est Guinéen. Ce qui n’est pas normal. Donc, la Guinée a été suspendue. Et la CTS a sous ma demande, il y a deux ans, on s’était rencontrait à Londres et j’avais demandé à ce qu’ils viennent évaluer quand même le travail qu’ils ont soumis à la Guinée de faire. Ils sont venus quatre mois plus tard. Ils sont venus faire une évaluation et ils se sont rendus comptent qu’effectivement il y a beaucoup d’amélioration. Et cette sanction risque d’être levée soit à Marseille ou à la COP26 à Glasgow. Donc nous serons bien présents et nous allons apporter notre petite contribution qui est actuellement en train de se mettre en place. Mais sachez bien que nous allons activement participé à cette rencontre.

Pour votre mot de la fin quel message avez-vous à lancer à l’endroit des Guinéens ?

Le message est clair. Et on le tient à toutes les occasions nous aient réservées. On tente d’expliquer aux guinéens, je le réitère aujourd’hui j’invite à tous les guinéens de prendre soins de leur environnement est que chacun doit contribuer. Un espace qui appartient à tout le monde. Est que personne n’a intérêt à avoir cet environnement-là se dégrader. Donc, c’est un travail qui est collégial et colossal. C’est vrai qu’il coûte de l’argent, mais ne se reste que l’espace qu’on s’en occupe est que l’état ne peut pas tout faire. Nous sommes responsables de notre entourage. Et nous devrons prendre soins de cet environnement. Donc j’en appelle à la conscience de tous les guinéens. Et je leur dis également que le Ministre de l’environnement est là pour les accompagner. Le ministère de l’environnement est là pour réévaluer l’intervention de chaque guinéen pris dans son camp. Est que la Guinée nous appartient tous. Donc nous sommes appelés à protéger notre environnement.

 

Interview réalisée par Amadou Tidiane Diallo

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