Fria : six ans après la fermeture de l’usine d’Alumine, quels impacts  sur la jeunesse ?

La préfecture de Fria, autrefois eldorado de la Guinée, est située à 160 kilomètres de la capitale Conakry. Cette ville cosmopolite fondée dans les années 1950, période à laquelle la première usine d’alumine de  l’Afrique  a été créée, traverse une crise socio-économique depuis plus de cinq ans.  Dans cette localité minière dont les activités de l’usine sont aux arrêts depuis avril 2012, la vie d’environ 80 mille habitants qui dépendaient  de cette zone industrielle s’est détériorée. 

La fermeture de cette usine de transformation d’alumine dans cette ville d’opulence par le passé a impacté toutes les activités (économiques, sociales, culturelles et sportives). Selon Momo Cissé, chef de la section promotion de l’emploi jeune à la direction préfectorale de la jeunesse, des sports et de la culture, « toutes les activités récréatives, sportives et culturelles  étaient financées par la société RUSSAL FRIGUIA, c’est-à-dire du personnel des disciplines, le  déplacement des équipes en passant par l’assistance sociale des joueurs. Bref, toutes les dépenses y compris la construction de maison des jeunes en 2010 ont assurées par cette société ».

C’est pourquoi dit-il, les différentes équipes sportives se classaient bien dans les compétitions nationales. Pour lui, la ville de Fria, autrefois appelée ‘’petit Paris’’  abrite treize disciplines sportives. Tous les encadreurs  de ces disciplines étaient pris en charge par la direction générale de RUSSAL FRIGUIA, ajoute Momo Cissé. Pendant la période faste de fonctionnement de l’usine, la préfecture de Fria dépassait de loin la capitale Conakry en matière d’activités d’épanouissement juvéniles.

Le temps de la mélancolie des jeunes

L’arrêt de l’usine a conduit plusieurs jeunes à abandonner le sport au profit de l’immigration clandestine, phénomène qui a fait surface. Une autre vague de jeunes est partie soit à Conakry ou dans d’autres villes de la Guinée à la recherche du bonheur.

Cette situation a eu pour conséquence, la baisse drastique du niveau des activités sportives et  culturelles. A en croire le chef de la section promotion emploi jeune, entre 2010- 2011 l’équipe préfectorale  de football dénommée ‘’ALU STAR’’ était montée en Ligue 1 et 2, mais actuellement, malgré leur  combat avec un nouveau partenaire, cette équipe  est classée en troisième division, au niveau national. Tout simplement parce que la subvention que la fédération les  accorde est insuffisante.

La ville a enregistré une disparition presque totale de toutes les disciplines sportives. Pour l’heure, seulement l’athlétisme et le Tai condo qui tiennent plus ou moins le coup. Ce phénomène a favorisé la recrudescence des travers sociaux, comme la prostitution, le banditisme à grande échelle, la déperdition scolaire, la dislocation de certaines familles, la hausse du taux  de mortalité et l’expansion des maladies etc.

La renaissance  de l’espoir d’une société fragilisée   

L’annonce de la relance de l’usine qui constituait la principale source de revenus des citoyens, est accueillie comme un ouf de soulagement.

Les attentes sont énormes. « Nous sollicitons  auprès des responsables de l’usine, l’équipement du centre de formation professionnelle. Ceci pourrait favoriser une qualification de la main d’œuvre locale», estime le responsable de la promotion emploi  jeunes. En plus, la relance des activités sportives et récréatives pourrait occuper les jeunes et les faire oublier les souffrances endurées.

Autre attente et non de moindre, c’est le redémarrage de l’usine d’épuration de tous les déchets de Fria, fermée avant même l’arrêt de l’usine d’alumine. La  réouverture de cette station de transformation d’engrais, détenue par Russal, serait un remède pour la lutte contre le chômage tant dans la préfecture que dans la région, estime Momo Cissé.

En outre, la mise à disposition des pépinières avec des conditions minimales aux jeunes  pour le reboisement des zones dévastées et promouvoir l’assainissement pourrait améliorer le cadre de vie des citoyens. Cet acte valoriserait les espaces agricoles et lutterait contre la sous-alimentation et le réchauffement climatique.

Fria a intérêt à réorienter ses activités économiques conformément à la politique de mise en œuvre du contenu local en Guinée, qui constitue l’unique alternative crédible pour profiter pleinement des avantages de la relance de l’usine.

Au regard du passé de Fria caractérisé par une souffrance généralisée liée à l’arrêt de l’usine, il est important pour les autorités et leaders d’opinions de cette localité de tirer les leçons de cette ‘’douloureuse’’ expérience. Rompre avec la dépendance de la ville à l’usine revient à créer des initiatives privées allant dans le sens de l’autonomisation des différentes couches sociales. Ce, à travers des nouveaux mécanismes de création et de développement des PME et Start up dans la cité.

Mamadou 3 Diallo envoyé spécial

contact@afriquevision.info

 

 

 

 

 

 

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *