Départ de Forécariah Guinea Mining : le cri de cœur des « orphelins » de la mine de fer

A Forécariah, dans la sous-préfecture de Moussayah, district de Layah, la société minière – Forécariah Guinea Mining -FGM- exploitait le minerai de fer du gisement de Yomboyeli. Cette société arrivée en toute pompe en 2012, a suscité un grand espoir chez les citoyens de la zone. Mais sa durée de vie n’a été qu’éphémère. Elle est partie en laissant des impacts sociaux, économiques et environnementaux. Aujourd’hui, tous sont sur le qui-vive. REPORTAGE ! 

« Cette mine nous a causé beaucoup de problèmes. Là où on pouvait trouver à manger avec nos champs, la mine a tout détruit. Nos marigots où on puisait de l’eau sont dégradés. La boue qui quitte la mine se déverse dans nos champs et pollue nos cours d’eaux », se désole Fodé Sory Kaba, citoyen de Lansanayah (Layah).

La cinquantaine, Kaba est inquiet de l’avenir des citoyens de Lansanayah (village entouré par la mine, ndlr). « Nous ne savons plus comment faire maintenant. Si les autorités ne font rien pour rétablir les carrières, ils n’ont qu’à venir reprendre les activités pour nous permettre d’avoir du travail. Si la mine travaille, on peut espérer avoir de la nourriture ». Mais pour l’heure, tel n’est pas le cas. Après quelques années d’activités (2012- 2015), FGM laisse des cicatrices pas si faciles à oublier.

« Là où on pouvait travailler pour trouver à manger, tout est envahi. On ne peut rien faire dans ces conditions. C’est pourquoi, nous les orphelins de la mine, nous demandons aux autorités de nous aider parce que ça ne va pas ici », plaide Sory Kaba.

Si FGM a été accueillie avec tambour et fanfare, son départ a été catastrophique sur le plan social. A Lansanayah, le village est dépourvu de toute infrastructure de base. Pas d’école digne de nom, pas de centre de santé. « Nos enfants sont devenus délinquants après la fermeture de la mine. Ce, parce qu’ils n’ont plus quoi faire », se lamente notre interlocuteur.

Mère de cinq enfants, Mama Aïssata Bangoura était parmi les personnes les plus contentes de  l’installation de la société à Yomboyeli. « Pendant que la mine fonctionnait, nos maris étaient heureux. Au début de l’exploitation, moi je ne savais ce qui se trouvait dedans. Mais j’étais très enthousiasmée par le passage des camions et l’ambiance qui régnaient ici », raconte-t-elle.

Aujourd’hui, à Yomboyeli, c’est une ambiance de cimetière qui y règne. Les engins qui faisaient du bruit se sont tus. Les travailleurs se sont éparpillés et les responsables restent invisibles. Sur les sites, on y trouve de surveillants, des installations à l’abandon, des carrières laissées à ciel ouvert, une boue qui a envahi des espaces agricoles.

Conséquences : l’espoir de toute communauté s’est amenuisé. « Présentement, fait remarquer Mama Aïssata, on n’a pas d’eau, et on ne parvient pas à cultiver à cause de la pollution de nos rivières. Pire, actuellement, on ne gagne même pas 25 FG avec nos maris. Depuis que la mine a fermé, la famine s’est installée à Yomboyeli. C’est le désarroi total. »

La même galère est ressentie  dans la famille Soumah qui reste angoissée par l’arrêt de la mine. Avec l’assèchement des rivières et la destruction des espaces cultivables, Mme Mamata Soumah raconte comment ils font pour subvenir à leurs besoins primaires.  « Pour nourrir nos enfants, mon mari et moi prenons le coupe-coupe, nous partons en brousse morceler des bois et revenir vendre pour avoir un peu d’argent. Aujourd’hui nous n’avons plus de bas-fond pour faire les cultures maraichères. La boue a tout détruit », déplore-t-elle.

Amadou Kaba est l’un des jeunes de Layah qui exerçait l’agriculture avant l’installation de la société dans leur localité. Quand l’entreprise est venue, il a postulé et a été retenu comme ouvrier. Alors, il abandonne son activité agricole au profit de la mine de fer. « Ce que vous voyez ici, c’était nos champs. La société est venue s’installer ici. A l’époque, on a oublié nos travaux champêtres. Après trois ans d’activités, la mine a fermé. On n’a plus d’eau potable, on a perdu nos champs et nous n’avons plus de travail. Maintenant le banditisme et les crimes ont gagné du terrain », raconte-t-il avec un visage frustré.

 

Et si Forécariah Guinea Mining s’est installée de façon illégale ?

C’est un soupçon qui hante encore l’esprit de certains citoyens de Layah, comme le chef de district, Aboubacar Diaby. « Forecariah Guinea Mining est venue s’installer à Layah. Elle a commencé à travailler dans des conditions pas claires », affirme-t-il.

D’ailleurs, une fois l’annonce faite, précise M. Diaby, la venue de FGM a suscité un engouement au niveau local. « Ça a poussé les natifs résidant et ceux d’ailleurs à se préparer dans l’espoir de trouver un emploi. Quand ils sont venus, seulement quelques-uns ont été retenus par la société. L’argument que l’entreprise a exhibé par rapport à ceux qui n’ont pas été retenus est que leur formation n’est pas adaptée aux travaux de la mine ».

Alors, l’espoir que Forécariah Guinea Mining a suscité est devenu un cauchemar pour de nombreux citoyens de Forécariah. Trois ans après l’interruption des travaux, la société laisse des « orphelins » désorientés, désabusés et abattus. « Tout ce monde se retrouve avec nous ici dans ce village. Ils ne font absolument rien maintenant », regrette M. Diaby.

L’entreprise avait promis de construire des habitations pour les villages directement impactés par la mine, nous informe-t-on. « Ils ont commencé les travaux, et à mi-chemin les activités ont été arrêtées. Sur le plan environnemental, avec l’exploitation et le transport du minerai de fer, les cours d’eau ont été pollués, et l’agriculture ne fait plus de rendements favorables», gémit le chef de district de Layah.

Pourtant, explique-t-il, toutes ces personnes concentraient leur activité sur le monde agricole. « Mais aujourd’hui l’agriculture est en péril. Parce que même si on cultive ça ne donne pas. Et ça n’encourage plus les citoyens à se lancer dans cette activité. Nous avons demandé aux autorités de nous venir en aide, mais jusqu’à présent, rien n’est fait. »

Pour lui, le fait que le gouvernement ne dit rien par rapport à la fermeture de la mine, ça les laisse croire que « Forécariah Guinea Mining s’était installée de façon illégale. Surtout parce que nous n’entendons même pas parler de cette société dans les medias. »

A l’endroit des autorités, aux ONG, et à toutes les personnes de bonnes volontés, M. Aboubacar Diaby sollicite de l’aide pour que les activités recommencent. Parce que sa population vie dans une situation de précarité.

Des promesses non tenues à Konta

Le village de Konta, sous-préfecture de Kaliah, est l’une des localités impactées par les activités de la société Forécariah Guinea Mining. Pour évacuer le minerai de fer, l’entreprise utilisait le port de Konta. Et c’est grâce à cet atout que le village a bénéficié d’un certain nombre d’infrastructures.

« Le premier bénéfice qu’on a eu avec ce projet avec l’installation du port chez nous, c’est bien sûr la route. Mais, en termes de dégâts, nous avons enregistré par exemple le remblayage fait au niveau du port qui a dirigé l’eau vers les espaces, jadis cultivables. A ce jour, les propriétaires de ces terres ne  sont plus à mesure de les utiliser compte tenu de cette situation », déplore le président du district de Konta.

Même si FGM a réalisé des infrastructures dans cette localité (mosquée, centre de santé, école, etc.), Mamadouba Sankhon trouve que ces constructions ‘’ne répondent pas aux normes’’. « Aujourd’hui, le village manque d’eau potable et de toilettes digne de nom », revèle-t-il.

Ce n’est pas tout. Selon le premier responsable du village, la société avait fait beaucoup de promesses en termes d’infrastructures. Mais la seule réalisation bénéfique à ce jour reste la route qui a désenclavé la localité.

 

Aliou BM Diallo, envoyé spécial à Moussayah

contact@afriquevision.info

 

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