Beny Steinmetz risque jusqu’à dix ans de prison pour corruption dans l’affaire Simandou en Guinée

La justice suisse a décidé de juger, devant le tribunal correctionnel de Genève, le milliardaire franco-israélien Beny Steinmetz. Il comparaîtra vraisemblablement en 2020, pour des soupçons de corruption lors de l’obtention d’une mine en Guinée, Simandou, le plus important gisement de minerai de fer en Afrique, capable de produire 100 000 tonnes par an. Steinmetz risque jusqu’à dix années de prison. Or, en février dernier, à l’issue d’un voyage à Conakry, l’homme d’affaires avait obtenu de régler ce dossier avec le président guinéen Alpha Condé. BSGR, la société de Steinmetz, a accepté́ de renoncer à ses droits sur Simandou. En échange, la Guinée abandonne toutes ses procédures et accorde à BSGR un autre gisement, de moindre importance.

Blanchi à Conakry, mais bientôt jugé à Genève : l’imbroglio est total pour ce fils de diamantaire, qui a bâti une immense fortune dans le commerce des pierres précieuses. L’interminable feuilleton Simandou débute en 2008 quand Beny Steinmetz, alors installé à Genève, se voit octroyer par la Guinée les droits des blocs 1 et 2 du mirifique gisement. Sa société les paye 160 mil- lions de dollars au détriment du géant minier Rio Tinto. Deux ans plus tard, c’est le jackpot. Le groupe brésilien Vale propose 2,5 milliards de dollars à Steinmetz (dont 500 millions seulement lui seront payés) pour reprendre 51 % du projet. Mais après son arrivée au pouvoir, fin 2010, Alpha Condé est intrigué par cette plus-value hors norme. Des investigations sont lancées et des plaintes déposées.

George Soros, soutien déclaré d’Alpha Condé, est cité

Cette enquête internationale aux allures de « polar » mobilise même des agents du FBI qui piègent aux Etats-Unis un collaborateur de Steinmetz. Un autre milliardaire, George Soros, soutien déclaré d’Alpha Condé, est cité. Beny Steinmetz l’accuse de financer en coulisse la croisade à son encontre. En 2017, il porte plainte contre lui devant un tribunal de New York. Selon l’acte d’accusation du procureur suisse Claudio Mascotto, il apparaît que près de 10 millions de dollars ont été versés par des sociétés de Steinmetz à l’entourage de Lansana Conté, le président guinéen en 2008, au moment de l’octroi de la concession Simandou. Après avoir transité par les îles Vierges et des comptes suisses, les fonds ont été principalement versés à Mamadie Touré, une ancienne Miss Guinée, quatrième épouse de Conté.

Aujourd’hui, la Guinée et Beny Steinmetz ont décidé de signer la paix des braves. Mais la justice helvétique demeure inflexible. Le procès qui se pro le à Genève ne semble pas émouvoir outre mesure Me Marc Bonnant, l’avocat de Steinmetz : « On fera venir la partie lésée, commente-t-il, et elle dira qu’elle n’a pas été lésée.» Pour Géraldine Viret, de l’ONG Public Eye, qui a beaucoup bataillé sur ce dossier, « ce procès est une excellente nouvelle. Et une condamnation de Beny Steinmetz enverra un signal fort pour la lutte contre la corruption ».

 

Paris Match