Opinion: Alpha Condé plonge la Guinée dans un imbroglio politico-social

La situation socio-politique à laquelle nous sommes confrontés est identique à celle des années 90. Deux décennies plus tard, on pensait que l’évolution politique, intellectuelle et spirituelle suivrait le chemin de la maturité, du pragmatisme et de la modération. 

Face à la séquence historique catastrophique que nous commençons à vivre, nous constatons que les mêmes acteurs sont en place, radicaux, intransigeants, obsédés. L’histoire semble se répéter.

Le même spectacle que ces cadres de ce régime offrent aujourd’hui, est le même qu’ils ont offert par le passé, hanter les chancelleries, fabriquer des crimes imaginaires, s’appuyer sur les institutions de Bretton woods, instrumentaliser des responsables religieux, s’inventer des pogroms et excommunications divers. Ce travestissement des faits au lieu de desservir à l’opposition à plutôt renforcé son pouvoir et sa crédibilité.

Ainsi, pendant huit ans à la télévision, à la radio, dans les meetings du parti au pouvoir et dans les discours quotidiens du président de la république, tout a été fait pour monter des guinéens contre l’opposition républicaine au lieu d’œuvrer dans le sens de l’apaisement pour une guinée plurielle afin de souder les guinéens autour de l’idée d’un Etat fort débarrassé des ressorts calamiteux de l’ethnocentrisme et du régionalisme. Mais à cause d’une mauvaise politique qui fait de la guinée un failed state, les guinéens sont aujourd’hui plus que jamais divisés, incapable d’affronter l’histoire de notre jeune nation sans maquillages éhontés et injurieux.

  1. Alpha Condé a cultivé pendant deux mandats la haine communautaire en Guinée. Et c’est sous son règne que la coexistence pacifique qui a toujours prévalu entre les différentes communautés a été révisée officiellement de la façon la plus scandaleuse.

Le phénomène nouveau et dangereux de ce régime est la mise sous tutelle complète de tous les leaders religieux au service de la propagande politique sur toute l’étendue du territoire national sous prétexte de sensibilisation. Et honnêtement, cela nous fait regretter l’absence du cardinal Robert Sarah. Il suffit d’écouter la soutane du grand cathédral ou le barbu du grand minaret de Conakry derrière lequel prient le président et ses aficionados les jours de fête dont les prêches reprennent sans gêne les orientations et les intérêts politiques du président. Tout est dans l’apparence. Tout est dans la sémantique et le paraître. Les religieux jouent uniquement sur la courbe émotionnelle du peuple de Guinée.

Le rôle des leaders religieux aujourd’hui en Guinée s’apparente à celui joué par les missionnaires pendant la triste époque de la colonisation. C’est du quasi matraquage idéologique permanent pour rendre le peuple docile à l’exploitation avec cet argument fallacieux qui consiste à faire le lien entre le pouvoir politique et Dieu et l’illustration est ce appel lancé par le secrétaire général aux affaires religieuses qui demande aux responsables des organisations de la société civile et les politiques de suspendre les manifestations contre les mesures d’austérité du gouvernement qui remplacent désormais sa promesse de lutter contre la corruption qui était pourtant annoncée  comme la priorité  et l’application des accords politiques bien signés sous les auspices de ces même religieux.

Ce secrétariat n’a rien faire dans notre pays et il est d’ailleurs illégal au regard de notre constitution parce que la Guinée est une République laïque et ce secrétaire n’a non plus aucune légitimité pour parler au nom des religieux guinéen parce qu’il n’a pas été choisi par ceux -ci. Le peuple de Guinée n’est pas dupe ! Nous savons tous que depuis 2010, seule l’opposition républicaine a respecté tous les accords signés, toutes les doléances des religieux et toutes les recommandations de nos partenaires étrangers et jamais M. Alpha Condé et son pouvoir. Malheureusement, pour des questions de privilèges matériels, nos religieux sont incapables de confrontés ce président à ses engagements pour apaiser le climat politique afin de permettre le développement en Guinée.

Il faudra quand même le rappeler que c’est interpelant que votre priorité soit l’organisation de voyage de pèlerinage pendant que vos coreligionnaires Guinéens dans sa majorité écrasante se battent pour la noble cause du bien-être de la population et cette lutte relève du patriotisme qui est un principe directeur de toutes les religions. L’organisation des voyages au détriment des agences de voyages accréditées à cet effet est une concurrence déloyale mais le business qui en découle aiguise l’appétit de ces marchands spirituels en complicité avec l’Etat qui engloutissent des milliards pour faire voyager les commis de l’administration publique, leur famille et le tout avec l’argent du contribuable guinéen sous prétexte de subvention comme si aller au pèlerinage était une question de priorité nationale pendant que le guinéen ordinaire peine à se nourrir tout simplement.

La morale et l’empathie sont à la responsabilité religieuse ce que la foi est à la religion et ce que le patriotisme est à la politique, quand tu sépares l’un de l’autre, il perd son sens. Nous sommes tous guinéens avant toute autre considération et nous devons à cet effet être solidaires aux forces sociales et à l’opposition pour soutenir les réclamations légitimes de nos concitoyens et c’est ce qui fait de nous un peuple. Il y a un problème dans la transmission des valeurs aux jeunes en Guinée, il n’y a plus de repère et aucun jeune ne s’identifie maintenant à une autorité quelle qu’elle soit.

La politique à elle seule ne saurait changer une nation, on la change aussi en reformant ses mœurs et c’est l’occasion de rappeler aux responsables des différentes religions de notre pays que la première de toutes les religions est la religion humaine et elle est la plus noble de toute parce qu’elle est à l’origine de la morale qui est la base de toutes les autres religions. Le paradoxe du guinéen est de refuser trop souvent de changer ses habitudes dans un monde en perpétuel mouvement. Mettre en place des règles pour organiser une société à un moment t1 et refuser de les faire évoluer lorsque cette société atteint son temps t2 est alors contre-productif. Chacun sait en effet que nul ne peut arrêter le progrès.

 

Cette gouvernance en Guinée, c’est les avantages de quelques-uns sous couvert du bonheur pour tous, ce fameux intérêt général et son instrument favori le vote et le mandat, lesquels, une fois donnés ne créent aucune obligation de la part des élus. Malheureusement, ce président du bon sentiment est bien souvent dénué de tout bon sens et se révèle incapable d’imaginer et de proposer de vraies solutions durables et efficaces de nature à résoudre les graves problèmes qu’il prétend traiter et cela a favorisé la prolifération des activistes en tout genre qui s’agitent de façon désordonnée et frénétique, lancent à l’aveuglette des opérations improvisées et dangereuses.

Ce gouvernement, conduisant des opérations à court terme, sans aucun souci des graves conséquences qu’elles peuvent entraîner ni des moyens considérables qu’elles nécessitent à long terme, en dépit de leurs dénégations de la moindre critique proférée à l’égard du pouvoir de M. Alpha Condé et le plus élémentaire rappel au respect des lois adressé à leur gouvernance, déclenche un feu nourri de vocifération et déchaîne une suite ininterrompue d’insultes et de mises en cause personnelles de quiconque ose les confronter à leurs inconséquences.

Nous, guinéens républicains et patriotes, ne devons plus supporter tous ces abus, ces inégalités qui caractérisent ce pouvoir sans repère éthique pour notre chère patrie. Quand l’Etat qui est censé représenter la loi est injuste, la désobéissance est plus qu’un droit, c’est un devoir. Celle des résistants contre celle des oppresseurs, celle des justes contre celle des juristes. Il est temps de reprendre le pouvoir à ceux qui sont indignes de le posséder pour avoir trahi la Guinée et les Guinéens.

 

Mostafa Citoyen Guinéen

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